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Analyses

Somalie : le trafic de sucre, une activité rentable

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Le trafic de sucre en Afrique de l’Est, notamment de la Somalie vers le Kenya, est un trafic très rentable, qui se chiffre en plusieurs milliards de shillings, soit plusieurs de dizaines de milliers d’euros. En 2015 déjà, le trafic de sucre était estimé à 11 millions d’euros par le groupe Journalists for Justice.

Le trafic est d’autant plus rentable que la demande est forte : chaque année, au Kenya, 500 000 tonnes de sucres sont produites. Cependant, 800 000 tonnes sont consommées. Le Kenya ne peut donc pas se nourrir uniquement avec sa propre consommation.

Plutôt que de se tourner vers le marché commun africain pour combler le manque, le sucre de contrebande apparaît comme l’option la plus évidente : le sucre importé illégalement depuis la Somalie est bien moins cher. Il coûte moins de la moitié du prix du sucre produit au Kenya.

Car dans ce pays grand comme la France, le sucre est particulièrement cher : 500 euros la tonne, un prix fortement supérieur au prix de production moyen de 330 euros. Une aubaine pour le sucre arrivant de Somalie, beaucoup moins cher. Ce dernier provient généralement du Brésil, puis est emballé à Dubaï pour ensuite arriver par les ports de Kismayu, Bosaso et Mogadishu, et est vendu à bas prix dans les provinces kényanes. Pour passer d’un État à l’autre, les trafiquants empruntent la voie terrestre par le biais de convois de camions, surnommés les miguu kumi (dix roues). Ces derniers sont souvent affrétés au transport de la contrebande, au départ de Diif, en Somalie, vers le Kenya. Les trafiquants empruntent ensuite les petits chemins de terre pour passer d’un État à l’autre, en toute discrétion.

Des trafiquants intouchables…

Ce lucratif trafic est entretenu par une mafia au bras très long. Au Kenya, les connexions des chefs de réseau, qui travaillent avec certains hauts placés des autorités, permettent de rendre ce syndicat du crime intouchable.

La nuit du 22 mars 2018, un convoi de dix camions de 25 tonnes, transportant illégalement du sucre somalien, a été arrêté par la police kényane. Quelques coups de téléphone plus tard, le convoi a été libéré sans conséquences : les policiers ont reçu l’ordre d’un supérieur de laisser passer les trafiquants.

A la corruption d’officiels de haut rang s’ajoute également un contexte sécuritaire défavorable. Ainsi, la Somalie a vu la fermeture de plusieurs postes de contrôles frontaliers depuis l’arrivée d’Al Shabaab, rendant les trafics entre les deux États frontaliers plus faciles. Au Kenya, ce sont les réservistes de la police qui se frottent aux trafiquants. La frontière, très poreuse, permet un transit facile, malgré les 200 policiers supplémentaires récemment postés par le gouvernement.

…Qui font tourner l’économie et la politique.

Ce trafic très lucratif est cependant nécessaire à l’économie locale. En Somalie, le taux de pauvreté est de 73%, l’espérance de vie n’est une de 51 ans et plus de deux millions d’enfants n’ont pas accès à une éducation.

En 2006, le groupe terroriste Al Shabaab (qui signifie « la jeunesse ») est fondé, et en 2007, commence le conflit entre ce dernier et le gouvernement fédéral somalien, soutenu par l’Union africaine. Le groupe de plus de 5000 combattants est responsable de multiples attentats, et a créé plus d’un million de déplacés à l’intérieur du territoire somalien.

Les cartels de trafiquants peuvent donc recruter de la main d’œuvre dans les camps de réfugiés : la situation politique au sein de l’Etat failli a donné naissance à un réelle précarité et travailler pour les trafiquants est un moyen essentiel de subsistance.

Stratégiquement, les trafiquants orientent leurs exportations vers Garissa, Wajir et Manderra, provinces kényanes bordant la Somalie. Le camp de réfugiés de Dadaab, tout proche de la frontière kényane, est devenu l’un des principaux hubs du trafic de sucre. Le camp de Dadaab est par ailleurs le moteur économique de la région.

En 2014, selon Jacob Rasmussen dans “Sweet secrets : sugar smuggling and state formation in the Kenya-Somalia borderlands”, une chercheuse lui a rapporté comment au sein du camps de Dadaab, le trafic de sucre était un secret de polichinelle : jamais mentionné, il était conseillé de détourner le regard lorsque les camions de sucre étaient chargés.

Une zone de trafic fréquent.

Le trafic frontalier entre la Somalie et le Kenya n’est pas un phénomène nouveau. En 2016, un rapport de l’ONU avait révélé une les troupes kenyanes se battant en Somalie étaient responsables d’un grand trafic de charbon.

Ce trafic aurait fait le jeu d’Al Shabaab, qui finance sa guerre contre le gouvernement et la force de l’Union africaine en Somalie par le commerce illicite, notamment les exportations illégales de charbon qui dans la région sont estimées de 122 à 162 millions d’euros par an.

Un projet de barrière à la frontière a été proposé pour endiguer le trafic. En 2015, le Kenya a débuté la construction d’un mur de 700 kilomètres de long. Mais une frontière physique ne suffira pas à mettre fin au réseaux de trafic transnationaux. La corruption et l’inaction des pouvoirs public, ainsi que les besoins des groupes terroristes, ne laissent pas supposer une fin proche pour le trafic de sucre.

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Analyses

La frontière tuniso-libyenne, haut lieu de trafic illicite

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Deux experts en criminalité, Hanane Benyagoub et Xavier Raufer, ont coécrit l’étude « Flux et trafics illicites Europe du Sud-Maghreb : perspectives géopolitique et criminologique », parue dans la revue Sécurité Globale du printemps 2019. La frontière tuniso-libyenne Ben Gardane – Ras Jedir est présentée comme le pôle de contrebande et de trafics criminels le plus importants de la région étudiée.

« La mère de toutes les zones troubles », c’est ainsi que l’ont baptisée certains chercheurs. La frontière qui sépare la Tunisie et la Libye, entre Ben Gardane (côté tunisien) et Ras Jedir (côté libyen) est l’un des hauts lieux du trafic illicite, peut être le plus problématique du continent africain. C’est en tout cas ce que nous allons essayer de décrypter avec Hanane Benyagoub, docteur en droit criminel et criminologie, maître de conférence à l’Université d’Alger. Cette spécialiste a travaillé pour les douanes algériennes de 1993 à 2013, avant de devenir consultante pour la Banque mondiale et le PNUD (Programme des Nations unies pour le développement) sur les questions de douanes et de sécurités aux frontières. Lors de ses recherches, Hanane Benyagoub s’est également penchée sur les questions éthiques et la lutte contre la corruption avec les douanes tunisiennes, pour le compte du PNUD.

En préambule, Hanane Benyagoub décrit la région d’un point de vue géographique, afin de mieux appréhender ses spécificités : « Sur les cartes, la frontière est une réalité très récente. C’est en 1910 qu’un accord franco-ottoman établit cette frontière. Auparavant, elle ne correspondant à aucun tracé clair, c’était plutôt une zone mouvante. Cette zone a été longtemps un point de passage historique sur la route côtière du pèlerinage vers la Mecque et du commerce transsaharien. »

Le poste frontalier officiel est situé au sud de la Tunisie et au nord-ouest de la Libye. Il est plus exactement à 580 kilomètres de Tunis et 25 kilomètres de Ben Gardane. Il est placé sur la route nationale 1, du côté tunisien, route connue pour être le principal point de passage des personnes et des marchandises entre les deux pays.

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Ramifications de la route globale et dispositifs d’importation en Tunisie. Cartographie : A. Doron & F. Troin • CITERES 2015.

 

Crises politiques et situation sécuritaire

En 1881, la Tunisie est colonisée ; la Libye l’est à son tour en 1911. Vers 1898-1900, Ben Gardane naît du partage colonial, comme poste de contrôle aux confins des deux pays.

« Le déclin de ce commerce, ajouté à la colonisation de la Tunisie et celle de la Libye ont déterminé le passage de cette zone à une ligne fixe, ce qui n’a pas été sans conséquence sur les populations, continue la chercheuse. Du temps de Mouammar Kadhafi, ce poste avait pour ambition d’être le premier poste juxtaposé avec des infrastructures pour abriter les douanes des deux pays et faciliter les échanges. Mais la situation sécuritaire a fini par faire échouer ce projet. Avec la situation actuelle, la zone de libre-échange tant espérée n’est pas pour demain. »

En 1985, une crise éclate entre la Libye et la Tunisie : les travailleurs tunisiens sont ainsi expulsés de Libye. Cette situation provoque d’intenses trafics, notamment de devises et de clandestins dans la zone frontalière. Les travailleurs tunisiens restés en Libye, clandestins, envoient leurs gains en Tunisie après conversion des devises.

Embargo et mondialisation

De 1992 à 1999, l’ONU impose un sévère embargo international contre la Libye, pour des faits de terrorisme international. Le pôle Ben Gardane – Ras Jedir va contourner cet embargo, pour répondre aux pénuries subies par les populations. Un important trafic informel et de contrebande se développe alors : produits de luxes, médicaments, pièces détachées… La position de Ben Gardane se renforce davantage.

Avec la mondialisation des années 1990-2000, le trafic de cette zone commence son expansion internationale. On observe alors l’importation massive de produits asiatiques, via Hong Kong, Dubaï, Istanbul… Les produits trafiqués dans la zone frontalière Ben Gardane – Ras Jedir, arrivent directement par le port de Tripoli, en Libye, car la corruption locale permet de ne payer que peu voire pas de taxes. Le trafic de carburant s’intensifie de la Libye vers la Tunisie.

L’extension de la Méditerranée marchande des commerçants maghrébins. Cartographie : A. Doron & F. Troin • CITERES 2015.

La tribu des Touazines, intermédiaires indispensables

La spécialiste identifie les acteurs importants de ce trafic, qui trouve son origine dans une solidarité tribale historique : « Les évolutions économiques ont déterminé ces différents acteurs et les rapports de force exercés entre eux, notamment, avec les régimes en place. Après l’indépendance de la Tunisie, la forte précarité tunisienne contrastait avec l’expansion économique de la Libye. À partir de 1980, la population de Ben Gardane s’impose comme un acteur indispensable du commerce informel. Et certaines relations ont favorisé ces échanges : les liens entre la famille tunisienne Touazine et les tribus Nouayel en Libye. Cette solidarité tribale a donné naissance au plus grand réseau de contrebande transfrontalier. »

La famille Touazine profite de sa position dominante, en contournant la bureaucratie. Elle développe une véritable assise financière lui conférant du pouvoir : elle participe au trafic de migrants et devient aussi un puissant cartel qui investit dans la contrebande. « Il y a eu une sorte de « pacte » entre les autorités en place en Tunisie et cette famille, souligne Hanane Benyagoub. La région de Ben Gardane, extrêmement pauvre, n’avait pas bénéficié du miracle économique sous Ben Ali. Par conséquent, il y a eu un accord tacite entre eux et le gouvernement. Ce dernier accepte de fermer les yeux sur le trafic : en échange, la famille Touazine s’engage à lutter contre la circulation de drogues, d’armes et de djihadistes

« Les fils des frontières »

« Les fils des frontières » sont tous les intervenants présents sur la région : les transporteurs, les détaillants. Environ 20% des habitants de Ben Gardane vivent du commerce illicite.

En 2011, les régimes respectifs de Ben Ali et Mouamar Kadhafi s’effondrent. Leur chute participe à la recomposition des rapports de forces de la région. Le chaos s’instaure et des bandes armées libyennes s’installent à la frontière tunisienne. Les familles, qui avaient le monopole sont en perte de vitesse. Les Touazines, surnommés en Libye « les fils de Kadhafi », ne peuvent plus pénétrer dans le territoire libyen et ne peuvent ainsi plus garantir la libre circulation des marchandises.

Les Nouayels, également pro-Kadhafi, ont perdu la majorité des routes de trafic en direction de la Tunisie au profit d’autres tribus, soutenues pour certaines par les opposants de Kadhafi (djihadistes). « Ces nouveaux acteurs, notamment les Oudernes de Tataouine, reprennent le contrôle sur le circuit de contrebande. De petits commerçants commencent aussi à structurer en dehors des cartels historiques et deviennent de nouveaux relais, côté Tunisie », indique Hanane Benyagoub.

L’état du trafic actuel

La zone Ben Gardane – Ras Jedir évolue en fonction de la situation géopolitique et économique de la région. Actuellement, un important trafic existe toujours. En 2017, en moyenne, ce sont près de 930 véhicules qui passent la frontière par jour, avec un pic en mars 2017, avec 2180 véhicules par jour. « Et ce, malgré la situation sécuritaire ! », fait remarquer la criminologue.

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Glissements successifs des centralités marchandes de Ben Gardane. Cartographie : A. Doron & F. Troin • CITERES 2015.

Aujourd’hui, circulent dans la zone frontalière, pour le trafic illicite et la contrebande : de l’alcool, des articles de sports, du bétail (moutons…), du café, divers carburants, des chaussures, des cigarettes (fortement taxées en Tunisie, contrefaites ou pas), des climatiseurs, des cosmétiques, des conserves, des couvertures, des produits électroménagers et électroniques, des lunettes, des médicaments contrefaits, des métaux de construction (fer, cuivre…), des parfums, des pièces détachées, des tapis d’Orient, des vêtements, des véhicules volés…

Au milieu de ces produits qu’on considère comme « tolérés », on trouve également des armes à feu (pillage des arsenaux de Kadhafi, dont le trafic a été le plus important en 2011, au moment du vide sécuritaire), du cannabis (consommation locale, Libye et Égypte), de la cocaïne, du Subutex, du Tramadol…

Hanane Benyagoub rajoute qu’il y a aussi un trafic de devises et de lingots d’or : « On a assisté récemment à de grosses prises de lingots, que ce soit en provenance ou en partance de la Libye. D’autre part, des personnes de pays comme la Centrafrique essayent aussi de sortir des biens des zones de guerre, par exemple. Dans cette zone frontalière, le mouvement s’observe dans les deux sens. On peut présager aussi un important financement des réseaux terroristes. »

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L’espace des changeurs. Les grossistes de devises sont installés dans des locaux discrets en retrait des axes principaux, au centre-ville. Crédit : A. Doron, mai 2014.

Les sarafas, les banquiers du système

Les sarafas (de sarf, le change), se trouvent au sommet de la pyramide des cartels. Ce sont eux qui fixent le taux de change informel et apportent parfois leur garantie ou se portent caution auprès de grossistes libyens. Ben Gardane est une place forte de change et de finance parallèle. Le dinar tunisien est non convertible donc il faut le passer par le change : « C’est comme un bureau de change parallèle, comme la structure d’un réseau banquier à la manière médiévale, poursuit Hanane Benyagoub. Les commerçants qui ramènent la marchandise de Libye ont besoin de financements. L’activité bancaire permet à l’importateur et au commerçant de contourner les restrictions à l’exportation des devises de la banque centrale tunisienne et d’éviter aussi toute forme de déclarations aux douanes. »

Ce système de relations interpersonnelles repose sur la confiance : cet échange d’intérêt, allant d’Istanbul, à Dubaï, en passant par la Chine, transplante le système officiel des banques, entraînant ce que la littérature récente appelle « la mondialisation par le bas ».

Entre régulation et soulèvement populaire

Hanane Benyagoub fait la distinction entre la partie libyenne, avec des milices aux commandes et aussi des fonctionnaires, et la partie tunisienne qui déploie des forces de l’ordre et des douanes pour assurer le contrôle et la surveillance des frontières : « Mais la tâche n’est pas facile. Plusieurs fois il a été question de fermer cette frontière mais cette solution est exclue en raison de la pression populaire. Toute tentative de régulation fait naître une réaction populaire très violente, qui paralyse la région, comme on l’a vu en août 2008. N’arrivant pas à mater le soulèvement populaire, les autorités ont opté pour le compromis : ouvrir les frontières, fermer les yeux sur le trafic, permettre à la population locale de subvenir à ses besoins. »

Au poste frontalier, les autorités ont des scanners, des brigades canines, de moyens intrusifs et non intrusifs de contrôle des marchandises. Cela a permis de mettre en échec, notamment, plusieurs tentatives de contrebande de lingots d’or. Mais en raison du volume très important du nombre de passages, le contrôle n’est pas assuré à 100%.

Les illustrations de cet article sont publiés avec l’autorisation du chercheur Adrien Doron, auteur de l’étude De la marge au monde : la structuration mouvementée d’une place marchande transnationale à Ben Gardane (Tunisie), à retrouver en intégralité ici.

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Analyses

Carfentanil : de l’arme chimique au stupéfiant

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À l’origine, le carfentanil est un sédatif à usage exclusivement vétérinaire, pour les éléphants et autres animaux de plusieurs tonnes (buffles, rhinocéros, ours blancs…). Mais depuis 2016, il est apparu mélangé à d’autres drogues, provoquant de nombreuses overdoses.

Un journal canadien de médecine, spécialisé dans l’anesthésie, n’a pas hésité à le désigner comme « arme de destruction massive », dans son éditorial de janvier 2019. Selon les dernières études des scientifiques du Journal de l’anesthésie canadien, le carfentanil est 20 à 30 fois plus puissant que le fentanyl (et non 100 fois comme c’est affirmé bien souvent) et 10 000 plus que la morphine. Même s’il « n’est que 20 à 30 fois » plus dangereux que le fentanil, sa menace est extrêmement préoccupante.

Très difficile à détecter, le carfentanil est inodore, invisible et sans saveur, il est donc impossible pour les consommateurs de savoir, à l’oeil nu, si les drogues consommées en possèdent. Il peut être mélangé à d’autres drogues illicites comme l’héroïne. Les pilules de contrefaçon observées ressemblent à des opioïdes d’ordonnance, selon les autorités de santé canadienne : comme des pilules vertes portant les lettres « CDN » d’un côté et le chiffre 80 de l’autre.

Dose mortelle

Une dose infime peut être fatale ; un simple contact avec la peau ou une faible inhalation peuvent provoquer une overdose. De même, toucher quelqu’un qui a fait une overdose de carfentanil peut être mortel. Pour se protéger, les agents de police au Canada et aux États-Unis pouvant être confrontés à des consommateurs de ce produit, portent désormais sur eux du naloxone, un antidote, pour aider de potentielles victimes mais surtout pour se protéger eux-mêmes. Aux États-Unis, des policiers ont frôlé la mort rien qu’en fouillant des véhicules ou des suspects.

Cependant, le journal canadien tempère au sujet des intoxications accidentelles suspectées des premiers intervenants : « Des mesures générales d’hygiène professionnelles, incluant une décontamination régulière à l’eau et au savon, un équipement de protection individuelle élémentaire (gants en nitrile, masque N95, et lunettes de protection), ainsi qu’un accès rapide à la naloxone sont généralement suffisants dans la majorité des cas. »

Carfentanil, classé « stupéfiant »

À la différence du fentanyl qui peut avoir des effets bénéfiques sur des patients atteints de maladies graves, pour surmonter la douleur, le carfentanil, lui, n’a jamais été prévu pour une consommation humaine. Dès 2016, on retrouve pourtant cette substance mélangée à certaines drogues en circulation, tuant des dizaines de milliers de personnes aux États-Unis.

Plus récemment, à Pueblo, dans une ville du Colorado, des traces de carfentanil ont été détectées dans des seringues, ce qui inquiètent sévèrement les autorités sanitaires. Dans les programmes d’échanges de seringues, des associations distribuent des kits pour détecter la présence ou non de carfenanil ou fentanyl dans l’héroïne.

En Ontario, la Gendarmerie Royale du Canada (GRC) a démantelé un réseau de trafiquants, accusés de trafic de carfentanil, fentanyl, héroïne, cocaïne, méthamphétamines. Saisie qui a conduit à l’arrestation de onze personnes, donc deux employés de la compagnie aérienne Sunwing.

photo fournie par la GRC

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) a démantelé un réseau de trafiquants de fentanyl et d’importateurs de cocaïne qui opérait en Ontario.

La police provinciale de l’Ontario rapporte, de son côté, avoir trouvé du carfentanil dans un produit ressemblant à du cannabis. La présence de la substance a été confirmée par le comité responsable de la lutte contre les substances et opioïdes de la communauté de Windsor-Essex (WECOSS), qui a alerté qu’il n’y avait pas de cannabis dans ce produit :

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PHOTO – WATERLOO REGION INTEGRATED DRUGS STRATEGY

Elle est publiée quelques jours après des messages d’alertes sur ces réseaux sociaux pour prévenir des dangers du carfentanil, même à très faible dose :

Arme chimique

Avant d’être découvert par les trafiquants de drogues, le carfentanil était considéré comme une arme chimique. Andrew Weber, ancien secrétaire adjoint à la Défense, aux États-Unis, chargé des programmes de défense nucléaire, chimique et biologique de 2009 à 2014, alertait déjà en 2016 : « C’est une arme. Les entreprises ne devraient l’envoyer à personne ». À cette époque, une enquête supervisée par la Gendarmerie royale du Canada (GRC) avait intercepté un colis content environ un kilogramme de carfentanil, importé de Chine. Les autorités canadiennes ne comprenaient pas qu’une substance aussi puissante soit acheminée dans leur pays. Les officiers de police sont avertis, rapidement, qu’il faut manipuler cette substance avec les plus grandes précautions.

On peut noter ici que cette substance aurait été détectée lors un funeste événement. Le 26 octobre 2002, lors de la prise d’otages par un commando tchéchène du théâtre Doubrovka à Moscou, des analyses d’urine et des vêtements de trois victimes retrouvées sur place ont démontré que le gaz utilisé (le cocktail incapacitant Kolokol-1) par les forces spéciales russes lors de l’assaut, contenait du carfentanil. En tout, 130 spectateurs, sans compter les preneurs d’otage, ont péri lors l’opération (dont seulement cinq avaient été exécutés par le commando).

Le gaz ne les a pas forcément tués sur le coup : beaucoup sont morts de ne pas avoir été soignés correctement, les médecins ignorant la composition du gaz à l’époque. Ces derniers ont testé, sans effet, des antidotes, pensant avoir affaire à un gaz incapacitant de type Sarin ou VX. Mais comme l’ont relaté plusieurs médecins russes dans la presse, par la suite, les patients montraient des signes d’intoxication par opiacés : pupilles punctiformes, inconscience et dépression respiratoire. Certains notèrent que le nataxone renversait les effets de l’intoxication. Le ministère de la Santé russe a annoncé, quatre jours après l’assaut, que le gaz utilisé pour neutraliser les terroristes contenait un dérivé du fentanyl, précisant lors de l’annonce officielle que ce gaz « n’était pas létal« .

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Les forces spéciales russes prennent d’assaut le théâtre de Dubrovka lors de la crise des otages à Moscou en 2002.

Facilement exportable

En 2016, l’agence AP avait mené l’enquête et réalisé que pour quelques milliers de dollars, des entreprises chinoisent proposaient d’exporter du carfentanil : « Il est tellement meurtrier qu’il représente une menace terroriste potentielle, » en avait conclu l’agence de presse. Une douzaine d’entreprises exportaient ce produit aux États-unis, au Canada, au Royaume-Uni, en France, en Allemagne, en Belgique et en Australie. La vendeuse de l’une de ces entreprises expliquait que le carfentil était même « l’un de [leur] produits les plus populaires. »

Cette année-là, malgré leur dangerosité, l’opioïde n’était pas contrôlé par les autorités chinoises, malgré les pressions du gouvernement américain qui pressait la Chine de mettre le carfentanil sur liste noire. Enfin, en février 2017, le carfentanil devient classé comme substance contrôlée en Chine, dans la même catégorie que le fentanyl. La Drug Enforcement Administration (DEA) avait alors déclaré que cette nouvelle réglementation chinoise pouvait changer la donne et entraîner une baisse des overdoses des consommateurs américains. La DEA avait confirmé près de 400 saisies de carfentanil dans huit États américains entre juillet et octobre 2016.

Plus dangereux qu’une bombe thermonucléaire

En 2017, les douanes canadiennes ont saisi un kilo de carfentanil provenant de Chine : la substance était dissimulée dans des cartouches d’imprimantes. Selon le journal canadien de l’anesthésie cité plus haut, la dose mortelle de carfentanil serait de 50 microgrammes (μg). La saisie représenterait, d’après ses recherches, près de 20 millions de doses mortelles : « Assez de quoi supprimer toute la population du pays », lit-on dans un rapport de la police antidrogue du Canada. Le journal scientifique canadien précise lui dans son édito : « Par kilo, le carfentanil est indiscutablement 2000 fois plus dangereux qu’une bombe thermonucléaire. »

Les calculs de dose mortelle ne sont pas un point de détail car si les scientifiques ont du mal à se mettre d’accord sur la quantité létale, comment les trafiquants de drogues vont-ils faire pour réaliser des doses « vendables » ? « Combien de revendeurs de drogues disposent de l’équipement de qualité pharmaceutique pour faire des doses aliquotes de carfentanil avec une précision suffisante pour ne pas tuer leurs clients ? », s’interroge l’éditorialiste du Journal canadien de l’anesthésie.

Il semble qu’étant donné la facilité d’importer et d’exporter ce produit qui tient dans une enveloppe, le blocage du trafic par les autorités spécialisées de stupéfiants soit compliqué voir quasiment impossible. Même si les saisies canadiennes sont des exemples de réussite, elles restent des cas isolés. La meilleure stratégie consisterait davantage à informer les utilisateurs de la dangerosité de ce produit qui n’est en aucun cas consommable. À en voir les prévisions scientifiques sur la potentielle croissance du nombre de décès par opioïde, plus que la lutte contre le trafic de carfentanil, il faut traiter la toxicomanie liée à la consommation d’opioïdes, comme n’importe quelle autre malade et avoir une réflexion globale de santé publique autour de ces questions.

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À gauche, le nombre de décès par opioïde de synthèse aux États-Unis de 1999 à 2017 d’après les données des Centers for Disease Control.15 La ligne noire représente la superposition de l’addition des données et de l’ajustement exponentiel à partir de 2010. À droite présente l’extrapolation du modèle (ligne rouge) pour les années 2017 à 2022

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Analyses

Découverte d’un véritable arsenal dans les Ardennes

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Ces armes historiques ont été saisies en France.

Le jeudi 25 juillet, le ministère des Douanes français à révélé la saisie d’une importante quantité d’armes datant du 30 juin : 300 grenades, plus de 150 kilogrammes de fusées pour obus, 56 kilogrammes de munitions diverses, 18 mortiers, 13 obus, ainsi qu’une vingtaine d’armes, tels des pistolets semi-automatiques Sig Sauer et Beretta, des pistolets mitrailleurs Sten, des Mauser… Les pistolets à eux seuls vaudraient plus de 6 000 euros.

Selon la Douane, ces armes, qui datent de la Seconde Guerre mondiale, présentent encore des risques : les charges des grenades sont toujours actives, et une partie des armes n’a pas été neutralisée. Deux équipes de déminage de la sécurité civile sont intervenues pour s’occuper des armes et de leur destruction.

Le gouvernement s’est félicité pour la saisie. Le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, a notamment partagé son enthousiasme sur Twitter : « Une nouvelle fois, les douaniers prouvent par cette impressionnante saisie leur action essentielle en matière de lutte contre les trafics d’armes et de munitions. Cette affaire montre également la grande réactivité des douaniers de Laon et l’excellente coopération avec les autres services douaniers, la police judiciaire et les équipes de déminage ».

Quant aux armes retrouvées, il semblerait qu’il s’agisse d’un collectionneur qui tentait de ramener les armes sans autorisation. L’interpellation d’un homme dont le véhicule semblait anormalement chargé par la brigade douanière de Laon, près de Soissons, a permis la découverte de plusieurs armes. Les forces de l’ordre ont donc par la suite perquisitionné son domicile où les douaniers de Charleville-Mézières et Metz ont découvert le reste de l’arsenal de l’individu.

Ce n’est pas la première fois qu’une telle découverte est effectuée dans la région : des grenades, des obus et des armes de la deuxième guerre mondiale avaient déjà été découverts en mai 2015 chez un collectionneur de Gespunsart dans les Ardennes. Et les saisies de ce genre sont courantes sur l’ensemble de la France. En mars, c’est dans le sud de la France, à Carcassonne, qu’une tonne d’armes avaient été interceptées, dont une grande partie datant de la Seconde Guerre mondiale. Le même mois, un arsenal de la Seconde Guerre mondiale avait été découvert à Menton, ainsi que chez un octogénaire dans les Vosges. La veille de la commémoration des 75 ans du débarquement, une centaines d’armes avaient été trouvées au domicile du gérant d’un bar tabac dans les Yvelines.

Des armes faciles à trouver

Les armes datant de la Seconde Guerre mondiale, qui font la joie des collectionneurs, ne sont pas difficiles à trouver en Europe de l’Ouest et en Afrique du Nord. Les divers champs de bataille de la région regorgent d’armes et de munitions extrêmement facile à trouver à l’aide d’un détecteur de métal. Dans le nord de la France, aux alentours des anciennes tranchées, des artefacts de la Première Guerre mondiale sont aussi facilement trouvables. Non seulement des armes et munitions, mais divers objets retraçant la vie des soldats : cantines, briquets, boites de cigarettes, ou aussi des caissons d’obus gravés par les soldats tuant l’ennui dans les tranchées. Des objets commercialisés en toute légalité sur les sites de reventes pour quelques centaines d’euros.

Quant aux armes datant des guerres mondiales, celles-ci peuvent être considérées comme des armes de collection, mais doivent être neutralisées, c’est-à-dire hors d’état de tirer. Seuls les individus possédant une carte de collectionneurs peuvent posséder une arme de catégorie C non neutralisée, si celle-ci est enregistrée. 

Ces armes sont notamment en vente sur Internet, où un fusil complet de la Seconde Guerre mondiale se vend pour environ 1 000 euros.

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