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Les « Red Rooms » du deep web: du mythe à la réalité

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US child sex trafficking ring

Il aura fallu près de deux ans pour percer la carapace mythique et anonyme des « Red Rooms » (ndlr: « chambres rouges », en français) du deep web, sans dépenser le moindre bitcoin.

Sur le deep web, tout est question de confiance (et d’antivirus, ainsi que de logiciels en tout genre). Si quelques liens circulent sur des sites tels que darkwebnews.com ou encore thehiddenwikki.org, les liens les plus compromettants, eux, ne se passent que d’adeptes en adeptes. La plupart des articles évoquant les « Red Rooms » qualifient celles-ci de « mythes », « scams », ou « arnaques » au porte-monnaie des quelques novices en balade curieuse sur le deep web. Mais au-delà du mythe, certaines organisations, notamment pédophiles et terroristes, n’ont pas hésité à s’approprier le concept issu d’un film japonais, et à le retranscrire dans le monde réel, protégées par ce carcan (presque) anonyme qu’est le monde virtuel du deep web.

 

Scams, mises en scène, ou tortures en direct ?

Les « Red Rooms », élevées au rang de mythe tant les liens vers ces plateformes se partagent peu, voire pas, hors de la sphère des dark nets, fascinent et alimentent les fantasmes les plus fous, les plus noirs.

Pour Esteban, adepte du forum 18-25 de jeuxvideos.com, « toute cette histoire de ‘Red Rooms’, c’est du pipeau ». « C’est de la mise en scène, les meufs (sic) que l’on voit à l’écran sont des actrices, elles simulent, c’est que du vent », soutient-il, « je n’ai jamais trouvé de site où la torture est commanditée en direct par un internaute ».

Si, comme Esteban, beaucoup soutiennent que le concept des « Red Rooms » relève de la légende urbaine, l’arrestation de l’auteur des principales vidéos connues de la sphère publique et issues de ces « Red Rooms » vient placer ce mythe dans notre réalité. L’homme à l’origine de « Daisy’s Destruction », vidéo en trois parties rassemblant deux heures de torture pédophile infligée à une enfant par une femme masquée, est lui bien réel. Il s’agit de Peter Scully, Australien aidé de son assistante, Liezyl Margallo, pour le compte de sa société de production « no limits fun ». Il est aujourd’hui derrière les barreaux aux Philippines pour meurtre, torture, et abus d’enfants.

Toutefois, si ces images sont le fait d’organismes soupçonnés d’orchestrer et d’animer les exactions des « Red Rooms », la particularité de ces dernières reste le caractère direct, « live » des vidéos. La vidéo « Daisy’s Destruction », streamée mais non directe, n’est ainsi qu’assimilée aux « Red Rooms », elle n’en est pas emblématique.

Trafic d’images, pornographie et pédopornographie

Alyssa, jeune femme de 32 ans, a été victime, sans même savoir comment accéder à ces plateformes, d’un réseau commanditaire sur le deep web. Il y a cinq ans, la jeune femme perd pied financièrement et, une dette en entrainant une autre, elle envisage d’user de son image pour renflouer son compte en banque. « Une de mes amies faisait de la photo de charme, et revendait les clichés pour de bons prix, j’ai voulu faire pareil », explique-t-elle. Alyssa s’improvise alors photographe, et vante ses clichés sur Twitter. Un internaute la repère, lui achète l’un de ses clichés, et le piège se referme. « Il m’a menacée de l’envoyer à mes parents, il avait leur adresse, également celle de mon ex compagnon », lâche-t-elle, encore traumatisée par ce chantage, « j’ai eu peur de perdre la garde de mes enfants, sait-on jamais ». L’homme lui demande alors de lui envoyer d’autres photos, puis des vidéos.

Au bout de quelques mois, Alyssa, « honteuse » mais déterminée à s’en sortir, finit par faire appel à l’un de ses amis, expert dans le domaine informatique, pour se sortir des griffes de l’inconnu. Malgré tout, les photos d’Alyssa circulent encore sur quelques sites du deep web, rapportant probablement quelques deniers à son harceleur, ou à d’autres, sur diverses plateformes. « J’ai reçu quelques mails me menaçant encore, avec des liens vers des sites en .onion », explique la jeune femme, « au début, je ne savais pas ce que c’était, puis mon ami m’a expliqué. J’ai eu peur, mais avec le temps, je me suis finalement résignée : mes photos sont quelque part sur la toile, et tant pis ».

Plus loin encore dans le gore, les sites au contenu pédopornographique pullulent sur les dark nets. Du même acabit que « Daisy’s Destruction », des milliers de vidéos à caractère pédopornographique sont accessibles sur des sites dédiés, l’anonymat supposé exacerbant la mise en avant des fantasmes les plus noirs… et leur assouvissement. Elles y côtoient d’autres vidéos, pour la plupart insoutenables, de viols.

Associées aux « Red Rooms » car pour la plupart monnayées et issues de ces plateformes, ces exactions filmées et streamées ne relèvent pourtant pas du direct.

 

Trafic d’êtres humains, terrorisme et exactions ciblées

La torture « live », Lydia dit l’avoir vécue il y a un an, « en marge de Mossoul ». Cette jeune Kurde de 31 ans a vu la mort de près, sans jamais reconnaitre le visage de ses bourreaux, masqués, silencieux si l’on omet ces quelques mots : « C’est direct ». Expression, ou stream mis en scène de sa torture, Lydia n’aura jamais de réelle confirmation de ses craintes, la vidéo – si elle existe- , pouvant être considérée comme perdue à jamais dans les limbes du deep web. « Il y avait bien quelqu’un qui filmait », appuie-t-elle, « ce n’était pas du grand matériel, c’était rudimentaire, mais ça filmait ». Elle frissonne. L’idée que quelqu’un ait pu assister aux horreurs infligées à son corps encore traumatisé la rebute. « C’est humiliant », explique-t-elle, « j’en suis sortie vivante, mais quand je lis ce que j’aurais pu subir de plus, ça alimente mes cauchemars ». Elle baisse les yeux. « J’aurais pu mourir », souffle-t-elle.

Comme elle, on retrouve plusieurs vidéos de jeunes femmes torturées, violées, sur ces plateformes, ces chambres rouges. Après plusieurs mois sur le même réseau, l’un des « administrateurs » nous laisse assister, sans ordre bien sûr, à l’une des sessions. Nous n’aurons jamais de confirmation quant au caractère direct de ces vidéos. Vendue aux internautes comme la torture d’une « jeune chrétienne », la vidéo devient vite insoutenable. La jeune femme est nue, au sol, yeux bandés, pieds et poings liés. Elle semble mal nourrie, l’image n’est pas nette. Complètement perdue, un sens manquant, à chaque fois qu’elle ouvre la bouche elle se fait battre, sûrement pour éviter que l’on ne reconnaisse son langage, ou pour ne pas véhiculer la moindre information à son égard.

Nous choisissons de ne pas aller au-delà des 5 minutes, tant la violence est intense. Nous laissons tourner la vidéo jusqu’au bout pour ne pas attirer les soupçons des administrateurs, un départ brutal pouvant leur mettre la puce à l’oreille quant à notre intérêt réel sur le site. Ces administrateurs fonctionnent comme des dealers: cet accès « gratuit » doit mettre l’eau à la bouche, attiser les pulsions de l’adepte, le pousser à consommer par la suite, à payer.

 

Une véritable expérience de Milgram sans filet

« C’est devenu une addiction », souffle Lakhdar*, technicien** de 42 ans. Chaque mois, l’homme fait passer 50% de son salaire dans ces « Red Rooms ». « Je n’ai pas l’impression que ça a une réelle incidence IRL », explique-t-il, « pour moi, ce n’est que du virtuel, ce sont des acteurs ». L’espace de quelques heures, Lakhdar voyage sous nos yeux de lien en lien, soigneusement notés dans un petit carnet noir, couleur prémisse aux supplices qu’il s’apprête à regarder dans un calme olympien, persiennes baissées, reflet de l’écran dans les verres épais de ses lunettes.

En effet, la première plateforme ici explorée offre un spectacle glaçant. Le spectateur peut, pour 0,04 bitcoin (250€), se transformer en acteur, et opérer diverses tortures sur la victime, allant de la gifle… à la mort. « Ça soulage des pulsions », soutient Lakhdar, « il y en a bien qui prennent des poupées gonflables pour ne pas violer de vraies femmes, moi j’utilise ces réseaux pour ne pas passer à l’acte ». Les mots sont lourds, durs. Lakhdar est persuadé de n’avoir aucune incidence dans le réel. « Que voit-on dans les infos ? Il n’y a aucune disparition qui a débouché sur une piste incluant ces réseaux », insiste-t-il.

red-rooms-dark-net

(Capture d’écran d’une séance. Crédit: Valentine Leroy)

Si l’anonymat n’existe pas réellement sur les dark nets, un profil permettant parfois d’être retracé, c’est le cloisonnement entre réel et irréel qui vient flouter les pistes reliant ces crimes aux dark nets. Les victimes s’en sortant sont, bien souvent, laissées sans preuve de torture en direct, leurs bourreaux n’évoquant, jusqu’à preuve du contraire, jamais la plateforme concernée.

Sur son clavier, Lakhdar clique comme le bourreau gifle, sans état d’âme. A l’écran, une plateforme classique, sans fioritures. Fond noir, typo simple, lettres blanches, pour un spectacle au goût sanglant. Un compte à rebours. Les mains de Lakhdar tremblent alors que les chiffres s’approchent du zéro. « Ça va commencer », explique-t-il, le front luisant, « j’ai payé près de 900 euros pour en être là, c’est mon petit cadeau ». L’ambiance est lourde dans la pièce, seul Lakhdar semble prendre du plaisir à orchestrer les exactions à l’écran. Personne ne parle. Pendant le stream live, les indications se donnent depuis le forum. Lakhdar commande, les voyeurs lui soufflent des idées, mais ne font qu’observer réellement. Les bourreaux exécutent, ne laissent échapper aucun mot. Un silence de mort, à l’exception des cris de la femme torturée. Lakhdar empoigne son casque audio, nous occulte totalement. L’addiction est là, palpable, malsaine, mortelle. Ce sont ça, les « Red Rooms », le trafic à son paroxysme, le mal à l’état pur. Tout se monnaye, même la vie.

 

Derrière ces plateformes, différents organismes

Si les réseaux pédophiles restent les cibles premières des services de police, les plateformes administrées par l’État Islamique sont largement sous estimées dans leur ampleur et impact sur le réel. La concordance entre les témoignages de Lydia et Lakhdar, différentes vidéos véhiculées sur les dark nets, et l’usage (relatif) du deep web dans l’alimentation de la propagande terroriste de l’organisme, viennent corroborer l’existence de ces « Red Rooms ». Toutefois, l’esprit éphémère et mouvant de ces plateformes rend l’identification de leurs administrateurs extrêmement, voire complètement, impossible.

Chaque mouvement, chaque capture est notée par ces administrateurs. Au moindre soupçon, la plateforme disparait, emportant avec elle ses adeptes vers un nouveau site, laissant sur place l’élément perturbateur, et toutes les interrogations qui accompagnent le mystère de ces plateformes.

 

* Le prénom a été changé

** Pas plus de précision sur le métier, pour des raisons évidentes…

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Le Royaume-Uni parmi les premiers acheteurs de drogue sur le Dark Web

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Une étude de Surveillance Globale des Drogues 2018 place le Royaume-Uni juste derrière la Finlande et la Norvège pour les achats de drogue sur le Dark Web

Ces dernières années on a remarqué une augmentation notable des achats de drogues et autres biens illicites sur le Dark Web. Cette étude de Surveillance Globale des Drogues 2018 montre que parmi les consommateurs de drogues britanniques ayant répondus un quart ont acheté anonymement des substances sur des sites internet en dissimulant leur position et en payant avec des cryptomonnaies. Les drogues sont ensuite envoyées par le dealer par voie postale. Ceci permet souvent d’éviter les contrôles aux aéroports et ports de commerces qui sont très surveillés.

Le Dark Web futur supermarché des drogues ?

La proportion d’acheteurs du Dark Web demeure néanmoins supérieur en Finlande et en Norvège ; 46 % et 30 %. Plusieurs facteurs permettent d’expliquer cela. Tout d’abord cette méthode est plus populaire dans les pays ayant une habitude d’achat en ligne développé. Ensuite, cette méthode est favorisée dans les nations ayant des lois anti-drogues sévères. Dans les îles britanniques Le développement de la vidéo-surveillance encourage les gens à éviter de s’y exposer. Le Royaume-Uni est en effet un des pays ou la vidéosurveillance est omniprésente.

Comme pour tout autre achat viennent ensuite les soucis de prix. Les gens cherchent à en avoir pour leur argent et cela limite les intermédiaires. Les gens sont attirés par l’aspect pratique, la quantité de choix et les vendeurs recommandés ; exactement comme sur Amazon. Les produits tendent en effet à être de meilleur qualité que chez les vendeurs de rue. Ce qui n’est pas forcément une bonne nouvelle pour l’acheteur ; une personne ignorant la pureté d’un produit pourrait faire une overdose.

Un problème de maintien de l’ordre en augmentation

Deux des sites les plus célèbres du Dark Web ont déjà été fermés par le maintien de l’ordre international ; Silk Road et Alphabay. Malheureusement de nouveaux vendeurs ne cessent d’apparaître. La demande n’est en effet pas près de disparaître. Le gouvernement britannique a récemment accordé une augmentation de 10 millions d’euros à l’Agence Nationale pour le Crime. Cela fait suite au démantèlement d’un réseau d’ancien étudiant de Manchester. Ces derniers auraient amassé au moins 1,14 millions de dollars en utilisant Silk Road.

Il ne faut cependant pas exagérer la portée du problème du Dark Web. La majorité des ventes de drogue se fait encore dans la rue. L’augmentation vient sans doute du fait que les gens se sentent en sécurité derrière leur clavier. Mais cela ne les protège pas si bien que cela ; il faut bien qu’ils se fassent livrer le produit à un moment. Par ailleurs de nombreux vendeurs se contentent de prendre l’argent et de disparaître. Par ailleurs, les individus les moins prudent risquent de révéler leurs informations personnelles aussi bien aux criminels qu’aux policiers sur ces plateformes.

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États-Unis : Le FBI démantèle un réseau de « carders »

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Ce groupe de « carders » serait responsable de plus de 350 millions de dollars de pertes en raison de leur trafic de cartes bancaires

Le terme « Carders » est le nom que donnent les enquêteurs aux spécialistes de la fraude de carte bancaires. Le procureur fédéral accuse 36 personnes d’avoir joué un rôle dans une affaire de fraude en ligne massive. Cette fraude serait à l’origine de plus de 350 millions de dollars de pertes depuis 2010. Ce groupe se nommait lui-même l’Organisation Infrafraude. Leur but était de devenir le centre névralgique de la vente et de l’achat de données de cartes bancaires volées.

Le ebay des « carders »

Ces « carders » avaient créé un véritable marché en ligne. Les vendeurs et acheteurs potentiels s’y retrouvaient pour faire leurs échanges ; numéros de sécurité sociale, informations de cartes de crédit et autres données personnelles. On pouvait également y négocier des logiciels malveillants, du matériel informatique et d’autres outils permettant de faciliter la fraude de cartes. Infrafraude est le plus gros réseau en ligne jamais poursuivi par le Département de la Justice des États-Unis. On estime que le marché accueillait 11 000 membres actifs en mars dernier. Par ailleurs leur slogan donne clairement le ton ; « In Fraud we trust », soit «Nous croyons en la Fraude » en français.

Ces « carders » étaient bien organisés et agissaient de façon internationale. A la tête de l’organisation on trouve les administrateurs. Leur rôle est de contrôler le fonctionnement global et de mettre en avant les vendeurs connus pour la qualité de leurs produits illégaux. Les administrateurs peuvent également punir les membres qui enfreignent les règles. En dessous on trouve les super-modérateurs et les modérateurs. Ces derniers servent d’experts dans leurs domaines de prédilection. Enfin les vendeurs pourvoient la marchandise aux membres de base ou aux membres VIP.

Une multinationale de la fraude

On estime qu’en sept ans d’activité Infrafraude et ses « carders » auraient pu provoquer 2,2 milliards de dollars de dégâts. Les dégâts effectifs restent plus proches de 530 millions de dollars. Non contents de diriger les acheteurs vers les sites des vendeurs adéquats Infrafraude pourvoyait des services de dépôt fiduciaire. Tout le monde n’était d’ailleurs pas le bienvenue ; pour maintenir sa réputation le groupe opérait des vérification de ses membres. Les participants pouvaient également se noter les uns les autres. Les arnaqueurs étaient régulièrement dénoncés.

Le fondeur supposé est Svyatoslav Bondarenko. Il semble que ce dernier avait interdit de trafiquer et d’acheter des biens appartenant à des résidents russes. Le but étant probablement d’éviter de provoquer une réaction des autorités de leur pays d’origine. La Russie ne possédant pas d’accord d’extradition avec les États-Unis ils pensaient être à l’abri. Néanmoins les membres de cette organisation résidents aux États-Unis, au Royaume Uni, en Australie, en France, au Kosovo et en Serbie n’étaient pas protégés. Les autorités pensent également avoir arrêté le cofondateur du réseau de « carders » ; Sergey Medvedev. Les autres inculpés sont aussi bien des vendeurs, que des membres VIP ou des membres de base.

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