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Analyses

L’art, poule aux oeufs d’or de l’économie informelle

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En 2015, la mise en examen d’Yves Bouvier, homme d’affaire suisse, pour surfacturation dans la vente de toiles de grands maîtres à un oligarque russe, lève le voile sur l’opacité du monde de l’art. Qu’il s’agisse de fraude, de trafic illicite ou de mouvements de fonds, ce marché niche rapporte plusieurs milliards d’euros par an.

L’affaire Bouvier secoue le monde de l’art

L’affaire Yves Bouvier a secoué le monde de l’art, remettant en question les croyances des collectionneurs. L’escroquerie commise par l’homme d’affaire, qui en vendant des Van Gogh, des Picasso et des Modigliani à l’oligarque russe Dmitry Rybolovlev, bien au-dessus des prix du marché, a souligné le manque de réglementation dans le marché de l’art.

L’existence de ports francs notamment laisse libre cours aux marchands d’art. Ces zones franches, non soumises aux droits de douanes, ont en leur sein des entrepôts où l’on retrouve des milliards d’euros en tableaux, sculptures et autres pièces d’art prestigieuses. Celles-ci apparaissent rarement au grand jour : à l’abri, dans des salles climatisées, elles échappent au fisc et ne se déplacent que d’un coffre-fort à l’autre, lors de transactions. Ces œuvres, que le grand public n’a jamais vues ou dont il a oublié l’existence, sont un moyen parfait de dissimuler ou de blanchir son argent, loin des yeux des autorités.

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Le Salvator Mundi, « le tableau le plus cher de l’histoire », a été à l’origine de la dispute légale entre l’homme d’affaires suisse Yves Bouvier et l’oligarque Dmitry Rybolovlev.

Une longue enquête de Buzzfeed parue fin août a ainsi démontré l’opacité du phénomène. Celle-ci révèle l’histoire ahurissante de Vladimir Scherbakov, un autre milliardaire russe pris au piège d’un escroc suisse, d’origine française, Thierry Hobaica. À travers une galaxie de sociétés écran allant de Hong Kong à Singapour (Servin International, United Trade Development Company Ltd, Finatrading Development Ltd., Wang Tak Trading Development Limited), cet ancien employé de la prestigieuse Galerie Jan Krugier en Suisse aurait dissimulé à son acheteur final, Vladimir Scherbakov, des surfacturations s’élevant jusqu’à 607 millions de dollars. Ce système rappelle fortement l’affaire Bouvier et pour cause : la Tribune de Genève aurait laissé entendre que le marchand d’art genevois était la réelle tête pensante derrière cette escroquerie à grande échelle, arguant que le modus operandi de Hobaica était en tout point similaire à celui de Bouvier.

 

Les ports francs, instruments de blanchiment à grande échelle

Le scandale a remué le monde de l’art, exclusivement basé sur la confiance. Mais l’escroquerie n’était que l’arbre qui cache la forêt. Fin 2017, une enquête parlementaire européenne sur les deux ports francs de Genève et du Luxembourg, appartenant à Yves Bouvier, conclut que “ce type d’installations pouvait être utilisé afin de blanchir de l’argent, vu que ces dernières outrepassent toutes les règles de transparences internationales”.

Il faut dire que nombreux sont les individus aux intentions troubles à avoir profité de l’avènement des ports francs. En 2011, la levée du secret bancaire en Suisse a notamment vu l’accroissement du nombre d’objets stockés dans le port franc de Genève: de nombreux détenteurs de comptes, affolés, auraient d’ailleurs retiré d’impressionnantes sommes en liquide pour acheter par la suite de prestigieux tableaux, leur patrimoine financier se déplaçant d’une malle à l’autre. Sur des milliards d’euros contenus à Genève, seules 4% des oeuvres sont inspectées, et la plupart des propriétaires inconnus, ceux-ci effectuant leurs achats à l’aide de sociétés offshore.

 

Les tableaux flamands de Claude Guéant

En 2008 déjà, une première affaire avait illustré la manipulabilité du marché de l’art : le fisc avait découvert que Claude Guéant, ancien ministre de l’intérieur, avait vendu pour 500 000 euros deux tableaux du peintre flamand Andries Van Eertvelt à un avocat malaisien du nom de Sivajothi Muthiah Rajendram. Un prix, selon les experts, dix fois supérieur à la réelle valeur des oeuvres, qui avaient disparues avec leur nouveau propriétaire.

Le banquier en charge de la transaction était alors gestionnaire des fonds d’un investisseur libyen, laissant supposer que les tableaux n’étaient alors qu’un prétexte pour dissimuler une transaction d’une autre nature, potentiellement en lien avec le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy par la Libye, selon les juges en charge de l’affaire.

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Levée en 2015 par la justice, l’affaire des tableaux flamands de Claude Guéant a longtemps constitué une affaire dans l’affaire libyenne. Aucun lien n’a pourtant été trouve.

Les trafics illicites d’art ancien, une manne historique

L’art est aussi un point essentiel du financement dans les zones de conflit : depuis plusieurs années, c’est au tour de l’État Islamique (EI) d’être au centre de l’attention. Si le groupe djihadiste se pose comme étant en croisade contre l’Occident et se veut destructeur des civilisations passées et présentes non conformes à sa doctrine, détruisant les antiques temples irakiens ou les mausolées maliens, les rapports avec l’Ouest ne dérangent pas le groupe lorsqu’il s’agit de financement. Ainsi, lorsque les sites historiques sont pillés, de nombreux objets sont préservés pour être par la suite vendu à des collectionneurs.

Selon Michael Danti, un archéologue et conseiller du département d’État américain, « une fois pillés en Syrie et en Irak, ces objets entrent dans un marché souterrain. C’est un problème qui durera des années ». À l’instar des objets d’art volés il y a plus de 70 ans par les Nazis, dont certains resurfacent ponctuellement, les conséquences des pillages de l’EI pourraient s’étendre sur plusieurs décennies.

Si les pillages posent problème en termes d’éthique et d’archéologie, ils sont d’autant plus importants dans la lutte contre le terrorisme. Pour compenser la baisse du prix du baril de pétrole, les trésors archéologiques sont de plus en plus importants dans le financement du terrorisme.

En 2015, suite aux attentats ayant touché Paris au mois de novembre, le président François Hollande s’était rendu au siège de l’UNESCO, annonçant sa volonté de lutter contre le trafic d’art, qui il y a trois ans représentait environ 20% des recettes du groupe terroriste. « Il faut savoir qu’en ce moment même l’organisation terroriste Daech délivre des permis de fouille, prélève des taxes sur des biens qui vont ensuite alimenter le marché noir mondial. La France a donc décidé d’introduire un contrôle douanier à l’importation de biens culturels », déclarait-il.

Les biens trafiqués, pillés dans des sites irakiens et syriens par des individus disposant de licences de fouilles accordées par l’EI, traversent alors les frontières par la Turquie et le Liban, pour être par la suite acheminés en Europe, via la Bulgarie et la Roumanie, et en Asie, transitant par la Thaïlande et Singapour, parfois dissimulés au sein de produits d’exportations, tel le coton, les fruits ou les légumes.

Une fois arrivés, les objets peuvent être stockés pendant des années avant d’être vendus, et leur provenance illégale est dissimulée à l’aide de faux certificats, afin de contourner la convention UNIDROIT, obligeant les vendeurs d’art à prouver l’origine des biens et de l’art vendu. Dans ce cadre, les groupes terroristes profitent de l’aspect « marché gris » des antiquités, qui repose sur la confiance, la discrétion, et les “Janus”, des marchands situés entre le marché noir et le marché légal (Jens Beckert, Matias Dewey, « The architecture of illegal markets« ), qui tirent leur nom du dieu romain des passages, au double visage.

La contrefaçon d’art, le nouvel enjeu ?

Sur le marché de l’art, et dans les ventes de grandes maisons, on retrouve notamment beaucoup d’imitations. Pour l’Office central de la lutte contre le trafic de biens culturels (OCBC), la contrefaçon est devenue la priorité.

Des tableaux, mais aussi des meubles antiques sont reproduits ou créés de toutes pièces par des faussaires ingénieux, comme l’illustrent plusieurs scandales. Et le château de Versailles est l’une des victimes de ce trafic : entre 2008 et 2012, le prestigieux bâtiment de la région parisienne avait acquis six sièges du XVIIIe siècle pour la modique somme de 2,7 millions d’euros, qui étaient en réalités des imitations. Elles avaient été commandées à un ébéniste par l’expert Bill Pallot, travaillant pour la galerie Didier Aaron & Cie de Hervé Aaron, l’ex-propriétaire des sociétés d’art américaines gérées par le notoire Yves Bouvier. En 2011, c’est le Louvre qui avait failli acheter une commode à 10 millions d’euros, avant de se rendre compte qu’il ne s’agissait pas d’un original de l’époque. Des cas qui laissent supposer la réussite de nombreux faussaires, et un trafic très lucratif.

Si l’OCBD se préoccupe principalement de la contrefaçon, l’Union européenne a notamment lancé un appel d’offre aux chercheurs, concernant l’état du trafic, qu’il s’agisse de faux, d’antiquités ou d’art moderne, en Europe. Une étude complétée dans les mois à venir qui permettra d’établir, par la suite, les priorités de la lutte dans ce marché noir bien trop souvent sous-estimé.

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Analyses

Traçabilité et développement durable : la filière cuir s’engage

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A l’occasion de ses premières Assises du développement durable, la filière cuir a réaffirmé son engagement pour un plus grand respect de l’environnement. Louis Vuitton, Hermès et autres marques emblématiques ont défendu leur bilan tout en annonçant de nouvelles actions.

« Notre industrie est l’activité de recyclage la plus ancienne au monde ». Franck Boehly, président du Conseil national du cuir (CNC), est décidé à rétablir la vérité et à défendre le sens des responsabilités d’une industrie souvent critiquée, mais rarement entendue. « Nous transformons la peau, qui est un sous-produit du secteur de la viande et du lait, en un cuir de grande qualité. Car personne dans le monde n’a jamais élevé un bovin pour sa peau », a affirmé l’homme d’affaires.

Mais s’il est vrai que le cuir est d’abord un déchet de l’industrie de la viande et du lait, les professionnels de la filière n’en sont pas moins engagés dans une production responsable. « La RSE, pendant longtemps, c’était une option. Aujourd’hui c’est une obligation », explique Jean-Christophe Muller, directeur général des tanneries Haas.

Les efforts pour assurer une traçabilité efficace des animaux et des éleveurs qui les fournissent sont particulièrement importants. La filière française mise particulièrement sur un système de marquage laser conçu selon le modèle de la viande depuis la crise de la vache folle.

Mis au point par le Centre technique du cuir (CTC), cet outil permet de reproduire dans les abattoirs, sur la peau de l’animal, le code-barres inscrit sur les morceaux de carcasse. Grâce à certains logiciels, il est possible de le lire ensuite chez les tanneurs, le tout sans altérer les procédures de transformation. Pour Jean-Christophe Muller, cette technologie devrait permettre de « s’assurer que l’élevage et l’abattage ont été faits dans de bonnes conditions ».

Les ambitions fortes de Louis Vuitton et d’Hermès

Selon Cédric Vigier, responsable du département innovation du CTC, « la totalité de la filière veau devrait être équipée » de la technologie de marquage laser en 2020. Cela permettra de connaître la provenance de chaque peau et d’apporter des actions correctives sur le plan de la qualité. Le système de traçabilité des peaux devrait être au moins aussi efficace que celui« d’identification et de traçabilité des bovins en France, qui est reconnu comme l’un des plus performants », estime pour sa part David Grangeré, directeur industriel du groupe Bigard.

Alors que la question de l’origine des peaux est de plus en plus prise en compte par les clients, l’ensemble de la filière se mobilise et affiche des ambitions fortes. Ainsi, la marque Kering vise « la traçabilité jusqu’à l’élevage, ainsi que l’élimination totale des métaux lourds d’ici à cinq ans, afin d’atteindre les objectifs en 2025 de diminution de 40 % de l’impact environnemental et de 50 % des émissions de CO2 ». Chez Hermès, on revendique une volonté de « rester fidèle au cuir sans contourner les problèmes ». Une nouvelle organisation en atelier permettra au sellier de luxe de générer 11 % d’économies de matières.

Innovations et protection de l’environnement

La question du tannage au chrome a été également débattue à l’occasion de ces premières Assises du développement durable. Si Jean-Christophe Muller estime que le processus de transformation du chrome trois en chrome six « sera remis en question » dans les prochaines années, Olivier Raynaud, propriétaire de la mégisserie Raynaud Jeune, rappelle quant à lui que « le tannage végétal a le vent en poupe, mais l’éco-responsabilité du cuir vient avant tout des bonnes procédures ».

Les grandes marques ont également profité de ce forum pour montrer l’exemple en matière de protection de l’environnement. Ainsi, Louis Vuitton a présenté ses actions pour la préservation de la biodiversité et la lutte contre le dérèglement climatique. La maison de luxe, qui a créé un fonds carbone afin de gérer les émissions de gaz à effet de serre provoquées par ses activités, agit également sur le sourcing des matières.

Des engagements qui en inspirent d’autres. Dans la région du Choletais, une charte garantissant l’innocuité des produits a été signée par une dizaine d’industriels de la chaussure. De son côté, l’enseigne Bocage a mis en place un abonnement mensuel permettant à ses clients de chausser des souliers neufs tous les deux mois et de les rendre ensuite pour qu’ils soient reconditionnés et remis dans le circuit.

En matière d’innovation et de protection de l’environnement, la filière du cuir n’a pas dit son dernier mot.

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Analyses

Un élu d’Arizona jugé pour trafic d’êtres humains

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Un élu de l’Arizona promettait aux femmes enceintes des milliers de dollars pour les faire venir depuis les îles Marshall

Paul Petersen, assesseur républicain du plus peuplé des comtés de l’Arizona, a été inculpé en Utah, Arizona et en Arkansas. Parmi les chefs d’accusation ; trafic de clandestins, vente d’un enfant, fraude, falsification et blanchiment d’argent. Les femmes qu’il attirait aux États-Unis étaient entassées dans des maisons en attendant de donner naissance. Ces dernières recevaient peu ou pas de soins prénataux.

Une affaire choquante

Les accusations portent sur trois ans et concernent environ 75 adoptions. Les enquêteurs ont également découvert huit femmes enceintes originaires des Îles Marshall lors de perquisitions de ses propriétés à l’extérieur de Phoenix. Plusieurs autres attendent d’accoucher dans l’Utah. Le procureur général de l’Arizona a déclaré que les parents adoptifs passés par l’agence de Petersen n’avaient rien à craindre. Ils sont considérés comme des victimes tout comme les mères biologiques et aucune adoption complétée ne sera annulée. Les autorités ne croient pas que les femmes aient été induites en erreur en pensant que leurs enfants pourraient être renvoyés dans les îles Marshall a posteriori.

Les procureurs ont déclaré que Petersen avait utilisé ses associés pour recruter des femmes enceintes. Ils leurs offraient 10 000 dollars chacune pour donner leur bébé en adoption. Petersen payait pour que les femmes voyagent aux États-Unis quelques semaines ou mois avant d’accoucher. Elles vivaient dans une maison qu’il possédait jusqu’à l’accouchement. Les futures mères vivaient souvent entassées. Certaines étaient employées par Petersen pour des traductions, du transport, des documents juridiques et demandes de prestations de Medicaid. Le stratagème a fraudé le système Medicaid en Arizona de 800 000 dollars ; les femmes n’avaient aucune intention de rester dans l’État au moment de leur demande.

S’enrichir sur la misère humaine

Matthew Long, l’avocat de Petersen, a défendu les actions de son client lors d’une audience tenue mardi à Phoenix ; les qualifiant de « pratiques commerciales appropriées ». Pourtant d’après des documents judiciaires les femmes n’avaient que peu ou pas de soins prénataux dans l’Utah. Elles dormaient sur des matelas posés à même le sol dans ce qu’une famille adoptive choquée a décrit comme une «usine à bébé».

Le gouverneur républicain de l’Arizona, Doug Ducey, a déclaré que M. Petersen devrait démissionner de son poste. La valeur imposable de ses propriétés situées dans le comté de Maricopa, qui comprend Phoenix et sa banlieue est en train d’être évaluée. Elles auraient été achetées avec l’argent dégagée par ce trafic. Petersen a facturé aux familles entre 25 000 et 40 000 dollars par adoption. Il aurait dégagé au moins 2,7 millions de dollars avec ce trafic. La maison de Petersen à Mesa, en Arizona, vaut à elle seule plus de 600 000 dollars.

Petersen et l’Arkansas

L’enquête a commencé en Utah après un appel à une ligne téléphonique d’information sur le trafic d’êtres humains en octobre 2017. Le personnel de plusieurs hôpitaux de la région de Salt Lake City faisaient également état d’un «afflux» de femmes des Îles Marshall mettant au monde leurs enfants pour adoption. Ces dernières étaient souvent accompagnée de la même femme. Petersen a vendu la maison ce printemps à la suite de plaintes émanant de voisins de ce quartier populaire en banlieue de Salt Lake City. La nouvelle propriétaire a trouvé des déchets liés au trafic comme des couches sales dans les buissons.

Petersen a effectué une mission de deux ans dans les Îles Marshall pour l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. Selon le Phoenix Business Journal il a ensuite été recruté par une agence d’adoption internationale alors qu’il était encore à la faculté de droit. Cela en raison de sa maîtrise du marshallais. Il a déjà eu des problèmes avec ses pratiques d’adoption par le passé. En 2016, le juge d’un tribunal pour enfants de l’Arizona a rejeté la demande d’un couple qui voulait adopter un enfant né d’une femme de nationalité Marshallaise. Il craignait que l’accord mis en place par Petersen n’ait violé la loi de ce pays. Une cour d’appel avait à l’époque infirmé sa décision, estimant qu’aucune approbation des Marshallais n’était nécessaire.

 

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Analyses

Les hippopotames d’Escobar: comment les caprices d’un narcotrafiquant dérèglent l’écosystème colombien

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Plus de 25 ans après sa mort, Pablo Escobar crée le chaos là où on ne l’attend pas.

Les conséquences de Pablo Escobar pour la Colombie sont multiples : responsable de 5 000 morts, dont celle de nombreux leaders et politiciens, expansion du trafic de drogues dans le pays… Les vestiges du narcotrafiquant, abattu le 2 décembre 1993 à Medellín par la police, sont d’autant plus visibles grâce aux documentaires et à la narconovela Narcos, disponible sur Netflix. Les touristes se multiplient dans sa ville natale, au grand dam du maire, pour lui rendre hommage sur sa tombe, ou à son domicile, récemment reconverti en un mémorial à ses victimes.

Mais son héritage ne s’arrête pas là : un problème inhabituel ne cesse de s’accroître. De son vivant, Escobar s’était constitué un zoo dans une de ses résidences à Doradal, Hacienda Napoles, faisant importer de façon illégale quatre hippopotames. Cette espèce invasive de gigantesques mammifères originaire d’Afrique a été oubliée par le gouvernement colombien : la plupart des animaux exotiques, soit une centaine, avaient été relocalisés à la mort du narcotrafiquant. Mais les hippopotames, laissés en liberté, ont pu se reproduire. 

Il existe désormais une cinquantaine d’hippopotames en liberté en Colombie, qui est pour eux le paradis sur terre. Ils n’y ont aucun prédateur, beaucoup de nourriture et d’espace. Ils n’ont aussi aucune concurrence locale, les animaux natifs de la Colombie étant de plus petite taille. Même les crocodiles ne peuvent pas rivaliser avec les hippopotames : en Afrique, il n’est pas rare que ces reptiles soient tués par des troupeaux de gigantesques mammifères. Le climat colombien est aussi favorable à la multiplication des spécimens : en Afrique, la sècheresse limite en partie la présence des animaux, mais le climat tropical colombien leur est favorable toute l’année, et leur permet notamment de se reproduire plus tôt.

Si ces animaux ont un fort succès auprès des populations locales, et que le gouvernement colombien voyait à l’origine comme une prouesse de la conservation des espèces le fait que les hippopotames puissent prospérer à l’état sauvage, la présence de ces géants commence à avoir des conséquences négatives. Ils menacent et déplacent des espèces locales, telles le lamantin, classé comme en danger. Il pose aussi problème aux pêcheurs qui doivent s’adapter aux animaux, et éviter certaines zones. 

La nature territoriale des hippopotames les rend aussi dangereux pour l’être humain : il n’est pas rare d’en apercevoir un traversant un village, où des locaux les considèrent comme des mascottes. S’ils n’ont pas encore causé de drame en Amérique du Sud, en Afrique, les hippopotames sont le grand mammifère responsable du plus grand nombre de décès humains.

Actuellement, une grande partie des hippopotames demeure dans les environs de l’ancienne villa d’Escobar, transformée en 2012 en parc d’attractions. Là-bas, les animaux, qui peuvent facilement sortir du périmètre, sont nourris par des équipes de scientifiques afin de les inciter à rester dans le parc et limiter leur expansion territoriale. Les équipes de biologistes de la région ont aussi tenté de mettre en place des barrières pour limiter leurs allées et venues, mais ceux-ci les détruisent où sautent par-dessus. 

Pendant un temps, une équipe de chasse avait été constituée pour abattre les hippopotames sortant du parc. Une photo de l’équipe posant avec un animal abattu avait créé un scandale à travers toute la Colombie, et conduit un juge fédéral à interdire la chasse aux hippopotames.

Les biologistes ont donc dû se tourner vers la castration des mâles. Mais la tâche est extrêmement périlleuse, prend du temps et coûte cher. Actuellement, une castration est effectuée annuellement, mais entre 5 et 10 nouveaux hippopotames naissent chaque année.

La meilleure solution serait donc de pouvoir relocaliser le groupe d’hippopotames dans une réserve ou un sanctuaire où ils pourraient s’épanouir sans conséquences négatives pour la biodiversité locale. Une solution durable, mais onéreuse, qui n’a pas encore été mise en place par le gouvernement colombien.

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