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Analyses

L’art, poule aux oeufs d’or de l’économie informelle

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En 2015, la mise en examen d’Yves Bouvier, homme d’affaire suisse, pour surfacturation dans la vente de toiles de grands maîtres à un oligarque russe, lève le voile sur l’opacité du monde de l’art. Qu’il s’agisse de fraude, de trafic illicite ou de mouvements de fonds, ce marché niche rapporte plusieurs milliards d’euros par an.

L’affaire Bouvier secoue le monde de l’art

L’affaire Yves Bouvier a secoué le monde de l’art, remettant en question les croyances des collectionneurs. L’escroquerie commise par l’homme d’affaire, qui en vendant des Van Gogh, des Picasso et des Modigliani à l’oligarque russe Dmitry Rybolovlev, bien au-dessus des prix du marché, a souligné le manque de réglementation dans le marché de l’art.

L’existence de ports francs notamment laisse libre cours aux marchands d’art. Ces zones franches, non soumises aux droits de douanes, ont en leur sein des entrepôts où l’on retrouve des milliards d’euros en tableaux, sculptures et autres pièces d’art prestigieuses. Celles-ci apparaissent rarement au grand jour : à l’abri, dans des salles climatisées, elles échappent au fisc et ne se déplacent que d’un coffre-fort à l’autre, lors de transactions. Ces œuvres, que le grand public n’a jamais vues ou dont il a oublié l’existence, sont un moyen parfait de dissimuler ou de blanchir son argent, loin des yeux des autorités.

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Le Salvator Mundi, « le tableau le plus cher de l’histoire », a été à l’origine de la dispute légale entre l’homme d’affaires suisse Yves Bouvier et l’oligarque Dmitry Rybolovlev.

Une longue enquête de Buzzfeed parue fin août a ainsi démontré l’opacité du phénomène. Celle-ci révèle l’histoire ahurissante de Vladimir Scherbakov, un autre milliardaire russe pris au piège d’un escroc suisse, d’origine française, Thierry Hobaica. À travers une galaxie de sociétés écran allant de Hong Kong à Singapour (Servin International, United Trade Development Company Ltd, Finatrading Development Ltd., Wang Tak Trading Development Limited), cet ancien employé de la prestigieuse Galerie Jan Krugier en Suisse aurait dissimulé à son acheteur final, Vladimir Scherbakov, des surfacturations s’élevant jusqu’à 607 millions de dollars. Ce système rappelle fortement l’affaire Bouvier et pour cause : la Tribune de Genève aurait laissé entendre que le marchand d’art genevois était la réelle tête pensante derrière cette escroquerie à grande échelle, arguant que le modus operandi de Hobaica était en tout point similaire à celui de Bouvier.

 

Les ports francs, instruments de blanchiment à grande échelle

Le scandale a remué le monde de l’art, exclusivement basé sur la confiance. Mais l’escroquerie n’était que l’arbre qui cache la forêt. Fin 2017, une enquête parlementaire européenne sur les deux ports francs de Genève et du Luxembourg, appartenant à Yves Bouvier, conclut que “ce type d’installations pouvait être utilisé afin de blanchir de l’argent, vu que ces dernières outrepassent toutes les règles de transparences internationales”.

Il faut dire que nombreux sont les individus aux intentions troubles à avoir profité de l’avènement des ports francs. En 2011, la levée du secret bancaire en Suisse a notamment vu l’accroissement du nombre d’objets stockés dans le port franc de Genève: de nombreux détenteurs de comptes, affolés, auraient d’ailleurs retiré d’impressionnantes sommes en liquide pour acheter par la suite de prestigieux tableaux, leur patrimoine financier se déplaçant d’une malle à l’autre. Sur des milliards d’euros contenus à Genève, seules 4% des oeuvres sont inspectées, et la plupart des propriétaires inconnus, ceux-ci effectuant leurs achats à l’aide de sociétés offshore.

 

Les tableaux flamands de Claude Guéant

En 2008 déjà, une première affaire avait illustré la manipulabilité du marché de l’art : le fisc avait découvert que Claude Guéant, ancien ministre de l’intérieur, avait vendu pour 500 000 euros deux tableaux du peintre flamand Andries Van Eertvelt à un avocat malaisien du nom de Sivajothi Muthiah Rajendram. Un prix, selon les experts, dix fois supérieur à la réelle valeur des oeuvres, qui avaient disparues avec leur nouveau propriétaire.

Le banquier en charge de la transaction était alors gestionnaire des fonds d’un investisseur libyen, laissant supposer que les tableaux n’étaient alors qu’un prétexte pour dissimuler une transaction d’une autre nature, potentiellement en lien avec le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy par la Libye, selon les juges en charge de l’affaire.

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Levée en 2015 par la justice, l’affaire des tableaux flamands de Claude Guéant a longtemps constitué une affaire dans l’affaire libyenne. Aucun lien n’a pourtant été trouve.

Les trafics illicites d’art ancien, une manne historique

L’art est aussi un point essentiel du financement dans les zones de conflit : depuis plusieurs années, c’est au tour de l’État Islamique (EI) d’être au centre de l’attention. Si le groupe djihadiste se pose comme étant en croisade contre l’Occident et se veut destructeur des civilisations passées et présentes non conformes à sa doctrine, détruisant les antiques temples irakiens ou les mausolées maliens, les rapports avec l’Ouest ne dérangent pas le groupe lorsqu’il s’agit de financement. Ainsi, lorsque les sites historiques sont pillés, de nombreux objets sont préservés pour être par la suite vendu à des collectionneurs.

Selon Michael Danti, un archéologue et conseiller du département d’État américain, « une fois pillés en Syrie et en Irak, ces objets entrent dans un marché souterrain. C’est un problème qui durera des années ». À l’instar des objets d’art volés il y a plus de 70 ans par les Nazis, dont certains resurfacent ponctuellement, les conséquences des pillages de l’EI pourraient s’étendre sur plusieurs décennies.

Si les pillages posent problème en termes d’éthique et d’archéologie, ils sont d’autant plus importants dans la lutte contre le terrorisme. Pour compenser la baisse du prix du baril de pétrole, les trésors archéologiques sont de plus en plus importants dans le financement du terrorisme.

En 2015, suite aux attentats ayant touché Paris au mois de novembre, le président François Hollande s’était rendu au siège de l’UNESCO, annonçant sa volonté de lutter contre le trafic d’art, qui il y a trois ans représentait environ 20% des recettes du groupe terroriste. « Il faut savoir qu’en ce moment même l’organisation terroriste Daech délivre des permis de fouille, prélève des taxes sur des biens qui vont ensuite alimenter le marché noir mondial. La France a donc décidé d’introduire un contrôle douanier à l’importation de biens culturels », déclarait-il.

Les biens trafiqués, pillés dans des sites irakiens et syriens par des individus disposant de licences de fouilles accordées par l’EI, traversent alors les frontières par la Turquie et le Liban, pour être par la suite acheminés en Europe, via la Bulgarie et la Roumanie, et en Asie, transitant par la Thaïlande et Singapour, parfois dissimulés au sein de produits d’exportations, tel le coton, les fruits ou les légumes.

Une fois arrivés, les objets peuvent être stockés pendant des années avant d’être vendus, et leur provenance illégale est dissimulée à l’aide de faux certificats, afin de contourner la convention UNIDROIT, obligeant les vendeurs d’art à prouver l’origine des biens et de l’art vendu. Dans ce cadre, les groupes terroristes profitent de l’aspect « marché gris » des antiquités, qui repose sur la confiance, la discrétion, et les “Janus”, des marchands situés entre le marché noir et le marché légal (Jens Beckert, Matias Dewey, « The architecture of illegal markets« ), qui tirent leur nom du dieu romain des passages, au double visage.

La contrefaçon d’art, le nouvel enjeu ?

Sur le marché de l’art, et dans les ventes de grandes maisons, on retrouve notamment beaucoup d’imitations. Pour l’Office central de la lutte contre le trafic de biens culturels (OCBC), la contrefaçon est devenue la priorité.

Des tableaux, mais aussi des meubles antiques sont reproduits ou créés de toutes pièces par des faussaires ingénieux, comme l’illustrent plusieurs scandales. Et le château de Versailles est l’une des victimes de ce trafic : entre 2008 et 2012, le prestigieux bâtiment de la région parisienne avait acquis six sièges du XVIIIe siècle pour la modique somme de 2,7 millions d’euros, qui étaient en réalités des imitations. Elles avaient été commandées à un ébéniste par l’expert Bill Pallot, travaillant pour la galerie Didier Aaron & Cie de Hervé Aaron, l’ex-propriétaire des sociétés d’art américaines gérées par le notoire Yves Bouvier. En 2011, c’est le Louvre qui avait failli acheter une commode à 10 millions d’euros, avant de se rendre compte qu’il ne s’agissait pas d’un original de l’époque. Des cas qui laissent supposer la réussite de nombreux faussaires, et un trafic très lucratif.

Si l’OCBD se préoccupe principalement de la contrefaçon, l’Union européenne a notamment lancé un appel d’offre aux chercheurs, concernant l’état du trafic, qu’il s’agisse de faux, d’antiquités ou d’art moderne, en Europe. Une étude complétée dans les mois à venir qui permettra d’établir, par la suite, les priorités de la lutte dans ce marché noir bien trop souvent sous-estimé.

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Analyses

Trafic de tabac : le rapport KPMG biaisé selon le Comité National Contre le Tabac

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trafic tabac KPMG rapport - Illicit Trades

Le 23 juin 2022, l’industrie du tabac présentait son étude annuelle sur le marché parallèle du tabac conduite par KPMG. Une semaine auparavant, l’ONG Comité National Contre le Tabac (CNCT) dénonçait à l’avance les résultats de cette étude et les conclusions qu’en tirent les cigarettiers. Explications d’une polémique sur fond d’énormes enjeux financiers pour les cigarettiers. 

Le 15 juin 2022, le Comité National Contre le Tabac (CNCT) dénonçait par anticipation dans Les Echos le traditionnel Rapport annuel de KPMG sur le marché parallèle de tabac en Europe, commandité par l’industrie du tabac, rapport qui paraitra une semaine plus tard.

Données tronquées

Sans nier la réalité du marché parallèle, le CNCT dénonce deux biais dans l’élaboration de ce rapport : d’une part des données statistiques tronquées voire falsifiées, et d’autre part la « confusion sémantique » qu’entretient l’industrie du tabac via ce rapport annuel entre ventes légales hors réseau officiel de vente et commerce illicite (contrebande et contrefaçon).

Ce n’est pas la première fois que le CNCT accuse KPMG de « jouer » avec les données statistiques de ses propres études. Ainsi, en 2017, le CNCT montrait que KPMG avait modifié rétroactivement les données sur les marques blanches, les Illicit Whites” pour servir les actions de lobbying d’alors des fabricants de tabac.

Contrefaçon et statistiques dopées

Cette année, ce sont les chiffres de la contrefaçon qui, à en croire le CNCT, semblent volontairement dopés dans l’étude de KPMG. Alors que jusqu’à présent une étude de Seita-Imperial Tobacco chiffrait la contrefaçon à 0,2%, elle deviendrait aujourd’hui le problème n°1 en Europe et dans le monde, avec des hausses de plus de 600%. Pas plausible selon le CNCT.

L’ONG dénonce également la pratique des fabricants de tabac qui sur-approvisionneraient certains pays à fiscalité plus douce, pays qui serviraient ainsi de véritables plaques tournantes aux approvisionnements illégaux. Pour l’UE, le CNCT cite en exemple le Luxembourg où les cigarettiers livrent chaque année l’équivalent de 5287 cigarettes par habitant. « Un tel chiffre supposerait que chaque Luxembourgeois, adultes, enfants et bébés compris, consomme plus de 14 cigarettes par jour » dénonce avec ironie l’ONG, qui affirme pour conclure que les deux-tiers de la contrebande mondiale seraient dus aux fabricants eux-mêmes. 

Ces pratiques pourraient ressembler aux querelles habituelles entre lobby du tabac et associations antitabac. Derrière se cachent cependant des enjeux extrêmement importants pour le secteur du tabac. En tentant de montrer qu’elle est la première victime du marché parallèle, l’industrie du tabac essaie de se prémunir contre deux écueils : la hausse des taxes sur le tabac, et l’application du Protocole de l’OMS « pour éliminer le commerce illicite du tabac ». 

Révision de la directive sur les droits d’accises en octobre 2022

Le débat sur la hausse des taxes sur le tabac va être au cœur de la révision de la directive sur les droits d’accises qui va débuter en octobre 2022 à Bruxelles. Habituellement, l’industrie du tabac milite pour le statu quo ou pour la hausse la plus faible possible, en mettant en avant le risque d’une explosion du commerce parallèle, et de la contrefaçon en particulier, ce qui explique pourquoi les données de KPMG ont été dopées sur ce point. L’industrie du tabac plaide donc en général pour une harmonisation fiscale au sein des 27 Etats membres de l’UE, en sachant pertinemment que cette mesure n’a aucune chance d’aboutir, les prix d’un paquet de cigarettes allant de 3€ en Bulgarie à 15€ en Irlande. Mais ce lien entre commerce parallèle et hausse des taxes n’est pas évident selon le CNCT : il serait même incorrect en particulier si des mesures fortes étaient adoptées pour empêcher les abus.

 Traçabilité indépendante et quotas de livraison de tabac par pays 

L’application du Protocole de l’OMS va, elle, être au cœur de la révision de la directive des produits du tabac qui sera discutée à Bruxelles après le renouvellement des membres du Parlement Européen de juin 2024.

Comme le constatent aujourd’hui les associations antitabac, le système européen de traçabilité opéré par des entreprises dont l’existence est associée au programme de traçabilité de l’industrie du tabac appelé Codentify, comme Inexto ou Dentsu, n’est pas conforme au Protocole de l’OMS. Contrairement à leurs affirmations ce que le Secrétariat en charge du suivi de l’application de la Convention a d’ailleurs critiqué dans un communiqué opposé aux auto-déclarations de conformité au Protocole, il ne présenterait pas les garanties d’indépendance impératives. Plus généralement, outre cette incompatibilité au droit, le système permettrait des erreurs de déclaration dans de nombreux Etats membres qui s’en sont plaints, erreurs listées par la Commission Européenne dans le rapport des experts en charge du suivi du système. 

Dans sa communication du 15 juin 2022 pour lutter contre les trafics de tabac, le CNCT appelle d’ailleurs à mettre en place le Protocole de l’OMS via deux mesures fortes : une traçabilité indépendante des produits, ce qui n’est donc pas le cas aujourd’hui en UE, et des quotas d’approvisionnement par pays. Une proposition elle aussi inscrite dans le Protocole de l’OMS depuis 2012 déjà, mais toujours pas mise en œuvre jusqu’à présent, et qui mettrait fin immédiatement aux achats frontaliers.

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Analyses

Contrats russes : quand Alexandre Benalla faisait affaire avec des oligarques

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Pendant de longs mois, l’Affaire Benalla a empoisonné le premier quinquennat d’Emmanuel Macron. Plus de deux ans après la diffusion de la vidéo d’une interpellation musclée sur la place de la Contrescarpe le 1er mai 2018 et de multiples révélations, Alexandre Benalla fait l’objet de six enquêtes judiciaires, dont une concernant de mystérieux contrats russes, directement noués avec des hommes d’affaires aux réputations sulfureuses, Iskander Makhmudov et Farkhad Akhmedov. Les deux hommes, proches des cercles politiques et financiers du Kremlin, se sont enrichis grâce à l’exploitation des matières premières, accumulant des fortunes aujourd’hui largement conservées dans des paradis fiscaux.

Des négociations menées alors qu’Alexandra Benalla était en poste à l’Élysée

Selon Médiapart, les négociations menées directement par Alexandre Benalla en vue de conclure des contrats de sécurité avec des oligarques russes se sont déroulées alors qu’il était encore en poste à l’Élysée. Au moins pour l’un d’entre eux. En juin 2018, Alexandre Benalla était en effet adjoint au chef de cabinet du Président de la République, en charge de la coordination entre les différents services chargés de la sécurité du Président. L’un de ses rôles fut, plus précisément, de travailler au rapprochement entre les deux structures chargées de la sécurité de l’Élysée, le GSPR et ses 70 policiers qui accompagnent et sécurisent les déplacements du président, et le commandement militaire, orienté sur la protection intérieure du palais et des résidences présidentielles.

Un poste stratégique, qui confère de nombreux avantages. Une habilitation Secret Défense, d’abord. Le deuxième plus haut niveau d’accès aux informations cachées au grand public, après le « Très Secret Défense », uniquement accordé à une poignée de militaires et civils sur le territoire national. Un passeport diplomatique, ensuite, dont il aurait usé hors du cadre réglementaire autorisé, comme lors d’un voyage au Tchad en décembre 2018 afin de rencontrer le président Idriss Déby. Alexandre Benalla, toujours dans le cadre de ses fonctions, était aussi titulaire d’un permis de port d’arme, obtenu au moment de sa prise de poste officielle à l’Élysée et après de nombreuses tentatives malheureuses.

Iskander Makhmudov, un oligarque présumé proche des réseaux mafieux

Au début de l’année 2018, alors qu’il est encore un proche collaborateur du Président de la République, Alexandre Benalla organise un rendez-vous avec Jean-Maurice Bernard, le dirigeant de Velours, une petite entreprise de sécurité privée. Il s’y rend en compagnie de Vincent Crase, l’un de ses proches amis, gendarme de réserve rattaché au commandement militaire de l’Élysée. Le but de cette réunion informelle ? Préparer un contrat en vue d’assurer la sécurité de la famille de l’oligarque Iskander Makhmudov. Plus précisément de sa femme et de ses trois enfants, des triplés âgés de sept ans. L’homme d’affaires possède, comme de nombreux oligarques russes, des propriétés en France, notamment en Sologne et à Ramatuelle, dans le Var. Auxquelles s’ajoute un patrimoine financier difficilement estimable, entremêlé dans une myriade de sociétés écrans à la traçabilité quasiment impossible. Les réunions s’enchaînent, parfois même au siège de La République En Marche (LREM) et les profils, puisés parmi des retraités des forces armées, sont recrutés. Un contrat est alors signé, comprenant un accord de sous-traitance entre Mars, la société de Vincent Crase, et Velours, qui s’occupera de la partie opérationnelle. La commission touchée par Mars (40 % du contrat !) impressionne par sa démesure.

Si la signature de ce contrat est empreinte de soupçons, c’est d’abord parce qu’elle a eu lieu alors qu’Alexandre Benalla travaillait encore à l’Élysée, tout en ayant un rôle d’intermédiaire en faveur d’un proche du Kremlin. Mais aussi à cause du profil du client. Iskander Makhmudov est en effet un oligarque, l’une des plus grandes fortunes de Russie, et le président et actionnaire majoritaire de l’Ural Mining and Metallurgical Company, un consortium d’entreprises du secteur minier. Des activités légales qui, selon Mediapart, cachent des accointances puissantes avec la mafia moscovite et ses multiples ramifications européennes. Des pratiques qui lui ont d’ailleurs valu une enquête de la justice espagnole en 2009 et une mise en examen pour « association illicite » et « blanchiment de capitaux », transmise en 2011 aux autorités russes, qui a finalement jugé les preuves insuffisantes et clôt le dossier. Parfaitement innocent Iskander Maskhmudov ? Pas nécessairement, selon José Grinda, procureur anticorruption espagnol interrogé par Mediapart, qui estime « qu’il y avait assez preuve pour inculper Iskander Makhmudov en Espagne », mais que « le juge a pris la décision de transmettre son affaire au parquet de Russie dans le cadre de la Convention européenne sur la transmission de procédures répressives ». De très sérieux doutes planent donc encore sur la culpabilité d’Iskander Makhmudov et ses présumés liens avec des organisations criminelles.

Farkhad Akhmedov : un homme d’affaires au cœur du « divorce du siècle »

Moins médiatisé, un second contrat tissé avec l’oligarque russe Farkhad Akhemdov a cependant été dévoilé par la presse. Une fois encore, Alexandre Benalla témoigne de sa capacité à atteindre les plus grandes fortunes de Russie en signant un accord prévoyant, pour 980 000 euros hors-taxe, la fourniture d’un chauffeur, d’un chef d’équipe et de cinq officiers de sécurité pour les séjours en France de Farkhad Akhmedov. Si sa fortune n’est « que » de 1,2 milliard d’euros, selon le magazine Forbes, l’étendue de ses biens, rendue publique dans le cadre d’un divorce médiatisé est impressionnante. Et comme Iskander Makhmudov, Farkhad Akhmedov est en délicatesse avec la justice européenne.

S’il ne semble pas avoir de liens avérés avec des réseaux mafieux, il est malgré tout au cœur d’un immense scandale judiciaire. La justice britannique l’a condamné en 2016 à céder 41 % de sa fortune à son ancienne femme, Tatiana Akhmedova, soit 495 millions d’euros. Un jugement dont il refuse cependant de reconnaître la légitimité, affirmant avoir déjà divorcé de son ex-femme en Russie 20 ans auparavant. Le document de « preuve » fourni par Farkhad Akhmedov s’avérera, plus tard, être un faux. Pour échapper au jugement et — surtout — à une possible saisine de ses actifs, Farkhad Akhemdov aurait fait transiter une grande partie de sa fortune dans les paradis fiscaux, avec l’aide de son fils Temur Akhmedov, lui aussi empêtré dans l’entreprise de blanchiment de son père. Son impressionnante collection d’œuvres d’art contemporain elle, est placée en sécurité au Liechtenstein, où elle est désormais insaisissable par la justice. Il possède aussi un yacht, le Luna, le deuxième plus grand du monde, dont la justice britannique a aussi ordonné la remise à son ancienne femme. Immobilisé à Dubaï, le Luna fait l’objet de procédures judiciaires.

Farkhad Akhmedov est, selon Mediapart, un très proche de Vladimir Poutine. Un choix très stratégique pour les oligarques. « Avec ce comportement obséquieux, ils essaient d’obtenir une indulgence par rapport à leurs activités. Plus vous vous rapprocherez du pouvoir (…), plus vous rédui(s)ez le risque de contrôles policiers de vos activités (et trouvez) où évacuer votre argent à l’étranger » explique Nikita Krichevski, docteur en économie, pour Mediapart. L’enquête sur les contrats russes est entre les mains du Parquet National Financier, qui l’a ouverte en février 2019.

 

 

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Analyses

Passeport vaccinal : le laisser-passer que tout le monde s’arrache

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Le marché noir lié aux faux certificats de vaccination ou de tests négatifs se développe, contrevenant aux arguments selon lesquels l’instauration d’un futur passeport vaccinal favoriserait l’explosion des trafics. Loin des polémiques, certains secteurs, comme la marine marchande, ont d’ores et déjà adopté des solutions sécurisées.

Passagers clandestins, produits contrefaits en provenance d’Asie, « mules » transportant, au risque de leur vie, des boulettes de cocaïne dans leur estomac… : les aéroports ont, de tout temps, représenté un lieu d’élection pour les trafiquants et criminels en tout genre. La pandémie de Covid-19 et ses répercussions sur la vie quotidienne offrent à ces derniers de nouvelles opportunités de sévir. C’est ainsi que l’agence européenne de police, Europol, a mis en garde le 1er février dernier contre la recrudescence du trafic de faux certificats de tests négatifs à la Covid-19, constatée au sein de plusieurs aéroports du continent, que ce soit en Espagne, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas ou encore en France.

Europol recommande ainsi la plus grande prudence aux voyageurs qui pourraient se voir offrir, contre une somme pouvant aller jusqu’à 300 euros pièce, une fausse attestation de non-contamination. Les services de sécurité ont, au cours des mois écoulés, procédé à plusieurs séries d’arrestations d’escrocs individuels ou de membres de gangs organisés : en novembre dernier, la police française a ainsi appréhendé sept personnes vendant de faux certificats dans l’enceinte de l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle. « Etant donné l’étendue des moyens technologiques disponibles avec des imprimantes de haute qualité et divers logiciels, les faussaires sont capables de produire des documents faux ou contrefaits de haute qualité », alerte Europol.

Les Français plutôt favorables au passeport vaccinal

« Il est très probable que des criminels saisiront l’occasion de produire et vendre de faux certificats de tests au Covid-19 aussi longtemps que des restrictions aux voyages seront maintenues en raison de la pandémie », prédit encore l’agence de police européenne. Autrement dit, un véritable marché noir s’est bel et bien formé depuis le début de l’épidémie, et il prospèrera au moins jusqu’à son terme. Un constat qui remet en question l’affirmation selon laquelle la commercialisation d’une attestation vaccinale favoriserait l’apparition d’un marché parallèle puisque ce marché parallèle existe d’ores et déjà. L’argument est pourtant avancé par les détracteurs de l’instauration d’un passeport conditionnant l’accès à certains lieux ou pays à une vaccination préalable, dont l’idée, proposée au cours du mois de décembre 2020 par des députés centristes, commence à faire son chemin.

Une large majorité de Français (60%) se déclare favorable à l’idée d’un laisser-passer vaccinal. De nombreux médecins aussi, ainsi que la quasi-totalité des représentants des secteurs économiques les plus frappés par la crise sanitaire et ses conséquences, au premier rang desquels les compagnies aériennes ou les professionnels du tourisme. « Un passeport vaccinal sera nécessaire pour favoriser le retour le plus rapide possible à une vie normale », estime également le député Jean-Christophe Lagarde dans une tribune à Ouest-France. Pour le patron de l’UDI (Union des démocrates et indépendants), « il est absurde de (…) caricaturer (le passeport vaccinal) en y voyant une restriction des libertés. (…) C’est le virus qui nous enferme tous ! ».

Les marins adoptent la technologie SICPA

« A l’inverse, poursuit le chef de file des députés centristes, grâce au vaccin, ce passeport permettrait de libérer de plus en plus de citoyens au fur et à mesure de l’avancée de la vaccination. En plus de redonner des libertés, il redonnerait un peu d’espoir ». Un espoir qui n’a rien d’une chimère, comme en témoigne, par exemple, le succès du passeport vaccinal développé par la technologie SICPA CERTUS, qui garantit l’authenticité d’un test ou d’un certificat vaccinal grâce à un QR Code et qui a déjà été adopté par la marine marchande, à l’initiative du Forum maritime mondial – un secteur dont les acteurs sont, de manière compréhensible, soumis à de très sévères normes sanitaires. Loin de se résumer à une « question philosophique », conclut Jean-Christophe Lagarde, le passeport vaccinal est donc « au contraire un choix politique à même de faire redémarrer notre pays » et l’économie mondiale.

 

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