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Analyses

« Le commerce légal et le commerce illégal du tabac sont indissociables »

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Illicit Trade News Networks a donné la parole à Benoît Gomis, associé de recherche au Programme mondial sur le contrôle du tabac de l’Université Simon Fraser. Benoît Gomis a récemment publié une étude sur le commerce illicite en Amérique du Sud. Du début du commerce illégal créé par British American Tobacco et Philip Morris International jusqu’au commerce actuel entretenu par Tabesa, Benoît Gomis met en lumière la façon dont la légalité et l’illégalité sont inextricablement liées concernant les produits du tabac.

Illicit Trade News Network :
Vous avez récemment publié une étude sur le trafic de tabac illicite en Amérique du Sud et plus particulièrement au Paraguay. Pouvez-vous partager avec nous quelques chiffres clés de cette étude ?

Benoît Gomis :
Mes collègues et moi-même venons de publier deux articles dans Globalization and Health sur le commerce illicite du tabac au Paraguay. Dans le premier article, nous avons montré comment le commerce de tabac a été mis en place à l’origine par British American Tobacco (BAT) et Philip Morris International (PMI), qui, à partir des années 1960, ont utilisé le Paraguay comme plaque tournante pour acheminer clandestinement leurs cigarettes vers les marchés – à l’époque protégés – de l’Argentine et du Brésil. Le boom de la production paraguayenne a entraîné 2 évolutions. D’abord, les sociétés de tabac transnationales (TTC) sont passées de marques haut de gamme aux marques de contrebande bon marché à la fin des années 80 et au début des années 90, des produits avec lesquels les fabricants locaux pouvaient désormais rivaliser. Ensuite, l’instauration par le Brésil d’une taxe à l’exportation de 150% visant à mettre fin au régime des TTC, consistait à envoyer des cigarettes au Paraguay puis à les faire passer de nouveau au Royaume-Uni. Selon nos estimations, entre 1989 et 1994, la production de cigarettes au Paraguay était inférieure à la consommation intérieure annuelle de trois milliards de cigarettes. Elle a atteint 12 milliards en 1998 et 27 milliards en 2003, malgré une consommation stagnante.

Dans le deuxième article, nous montrons comment Tabacalera del Este, plus connu sous le nom de Tabesa, a profité des conditions créées par BAT et PMI et d’un environnement juridique très favorable. Créée en 1994, Tabesa est désormais l’une des plus grandes entreprises du Paraguay. Elle a été fondée par Horacio Cartes, qui est toujours aujourd’hui dirigeant de la société, et qui fut président du Paraguay entre 2013 et 2018. Si l’on s’en tient aux importations de composants de cigarettes par cette société, nous estimons que Tabesa importe suffisamment pour produire entre 25 et 36 milliards de cigarettes par an. Compte tenu des chiffres de consommation intérieure et d’exportation légale, cela signifie qu’entre 19 et 30 milliards de cigarettes produites par Tabesa se retrouvent chaque année sur le marché parallèle. On estime que 70% de ce volume est passé dans la contrebande au Brésil, et nos recherches montrent que Tabesa explore encore d’autres marchés internationaux.

Les dirigeants de Tabesa ont déclaré aux journalistes paraguayens que leur entreprise exporte leurs produits légalement vers un certain nombre de pays, notamment la Bulgarie, Curaćao, les Antilles néerlandaises et les Pays-Bas. Cependant, notre analyse, faite à partir de la base de données COMTRADE de l’ONU, révèle des écarts importants, impliquant l’existence d’un commerce illicite. Par exemple, entre 2001 et 2016, le Paraguay n’a signalé aucune exportation de cigarettes vers la Bulgarie, ni aucune importation de cigarettes du Paraguay par la Bulgarie. Au cours de la même période, le Paraguay a déclaré avoir exporté 1,4 milliard de cigarettes vers Curaçao, 481,2 millions de cigarettes vers les Antilles néerlandaises et 111,4 millions de cigarettes vers les Pays-Bas. Pourtant, aucun de ces pays n’a déclaré avoir importé de cigarettes du Paraguay. Au total, entre 2001 et 2016, 5,7 milliards de cigarettes ont été officiellement expédiées par le Paraguay vers 10 marchés où Tabesa a exporté mais sans que ce fut comptabilisé.

Illicit Trade
Quelles sont les principaux résultats de votre étude concernant le modus operandi du trafic de tabac ?

Benoît Gomis
Nos résultats laissent penser que le commerce légal et le commerce illégal des produits du tabac sont souvent étroitement liés. BAT, PMI et Tabesa ont tous les trois réalisé des ventes et des exportations légales, mais ont également eu recours au commerce illicite, notamment grâce aux Zones de libre-échange (ZLE) et d’autres zones à faible gouvernance – afin de pénétrer de nouveaux marchés et d’augmenter leur profit. Nous soutenons également que Tabesa a profité de ses exportations légales vers les États-Unis pour se défendre contre des accusations de contrebande. Plus généralement, ces études – et d’autres recherches que nous avons menées – suggèrent que le commerce illégal du tabac est en train de changer de nature. Il y a encore des signes de proximité entre les TTC et le commerce illicite, mais d’autres acteurs non-TTC sont également de plus en plus impliqués. Parallèlement, les TTC tentent de se transformer en partenaires responsables vis-à-vis des gouvernements en fournissant des renseignements, une formation, du matériel, des ressources financières et en influençant même les décisions budgétaires dans plusieurs pays d’Amérique latine, tout en commandant et finançant des études sur le commerce illicite, et en encadrant les médias. C’est bien sûr dans leur intérêt de le faire. Grâce à ces activités, les TTC visent à saper la concurrence et à lutter contre les mesures de lutte antitabac qui ont permis de réduire le taux de tabagisme (taxes plus élevées, emballage neutre etc.).

Illicit Trade :
Dans votre étude, vous évoquez des stratégies qui seraient utilisées par Tabesa, le PMI et le BAT en matière de trafic de tabac illicite. Quelles sont ces stratégies ?

Benoît Gomis :
D’abord, il s’agit de créer de nouvelles marques, de les fabriquer au niveau national, de les exporter illégalement, d’utiliser les recettes pour les réinvestir dans le développement de produits et d’infrastructures de production afin de produire davantage de cigarettes, de qualité supérieure, et de jouer la concurrence sur de nouveaux marchés à l’étranger. La deuxième stratégie consiste à utiliser les zones de libre-échange comme plaque tournante de la contrebande. Enfin, l’objectif pour eux est de vendre à un grand nombre de distributeurs nationaux et de faire valoir par la suite que les exportations illicites ultérieures ne relèvent pas de leur responsabilité.

Illicit Trade :
Quelles mesures les pays victimes du trafic parallèle de tabac pourraient-ils prendre au niveau national ?

Benoît Gomis :
La première mesure consiste à lutter contre l’ingérence de l’industrie dans la politique. Les TTC tentent de contourner les directives internationales afin de garder une influence sur la lutte antitabac en aidant les gouvernements à lutter contre le commerce illicite du tabac. Mais, comme l’a prévenu l’OMS, «Il existe un conflit fondamental et irréconciliable entre les intérêts de l’industrie du tabac et l’intérêt général de santé publique».

Deuxièmement, les gouvernements auraient intérêt à augmenter les ressources dédiées aux forces de l’ordre et aux services des douanes – y compris une formation adaptée, et indépendante de l’industrie du tabac. Troisièmement, davantage de données devraient être collectées et analysées indépendamment de l’industrie du tabac. Très souvent, nous ne connaissons pas grand-chose du commerce illicite du tabac dans les pays mentionnés. Les réponses politiques reposent souvent sur des chiffres de saisie potentiellement erronés et sur des données financées par l’industrie. Plus généralement, il faut s’attaquer aux racines du problème : la gouvernance, la capacité institutionnelle, la volonté politique, la transparence, et la corruption, pour que des progrès significatifs puissent être réalisés.

Illicit Trade :
Quelles mesures pourraient être prises au niveau international et en matière de traçabilité?

Benoît Gomis :
Les gouvernements devraient appliquer pleinement la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac et son Protocole visant à éliminer le commerce illicite des produits du tabac. Nos recherches ont joué un rôle important dans la décision du gouvernement paraguayen de signer le protocole, et c’est un pas dans la bonne direction. Le Protocole comporte un certain nombre d’actions utiles à mettre en oeuvre, notamment l’article 10.1.b qui stipule que les Parties doivent «prendre les mesures nécessaires » pour que les entreprises « fournissent [des] produits du tabac ou des équipements de fabrication dont la quantité correspond à la demande sur le marché de la vente au détail ou de l’utilisation ».

Cependant, l’article 8 sur le suivi et la traçabilité est peut-être le plus central. Il implique que «les Parties sont convenues d’instaurer un régime mondial de suivi et de traçage dans les cinq ans suivant l’entrée en vigueur du présent protocole ». Dans ce dispositif de traçabilité, des informations détaillées sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement de tabac sont requises, notamment « le nom, la facture, le numéro de commande et les enregistrements de paiement du premier client non affilié au fabricant », « du marché visé de vente au détail», « tout entreposage et expédition », « l’identité de tout acheteur ultérieur connu » et « l’itinéraire d’expédition prévu, la date d’expédition, la destination de l’expédition, le point de départ et le destinataire » (article 8.4.1). Ce système est destiné à «renforcer [la sécurité] de la chaîne d’approvisionnement et à faciliter les enquêtes sur le commerce illicite de produits du tabac ».

Cela dit, ce dispositif risque aujourd’hui d’être contrôlé par l’industrie du tabac. Des recherches supplémentaires sur cette évolution et la prudence des gouvernements sont nécessaires pour veiller à ce que les mesures de suivi mises en place à travers le monde jugulent efficacement le commerce illicite du tabac, et évitent de promouvoir les intérêts commerciaux des TTC au détriment de la santé publique et de la bonne gouvernance.

 

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Analyses

Drogues récréatives : le protoxyde d’azote ne fait plus rire

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Le protoxyde d’azote ou « gaz hilarant » est sorti des cuisines et milieux médicaux pour venir investir les soirées étudiantes et milieux défavorisés en tant que « drogue récréative ». Panorama du phénomène.

Jeudi 8 octobre à Lesquin, dans le Nord de la France, le sujet est une nouvelle fois mis sur la table lors d’une réunion, rendue publique cette fois : la consommation de protoxyde d’azote inquiète à la fois les professionnels de santé et les familles. « Diffusé dans un masque avec de l’oxygène, cela permet de détendre un patient », explique le docteur Sylvie Deheul, du centre d’addictovigilecnce du CHRU de Lille, « c’est un médicament qui fait l’objet d’une surveillance au sujet de ses effets ». Le problème, c’est que la consommation de ce gaz, également utilisé dans les siphons, pour la chantilly par exemple, dépasse aujourd’hui le cadre médical. Hors de ce cadre, n’étant pas soumis à la régulation des médicaments, il peut ainsi être obtenu sans ordonnance ni contrôle, point de départ du trafic.

Aux origines du trafic, le Royaume-Uni

Lorsque l’on remonte le fil du trafic, c’est au Royaume-Uni que l’on atterrit. D’une consommation en festival à la rue, il n’y a eu qu’un pas, franchi aisément. Ce que l’on appelle là-bas « Hippy crack » a rapidement suscité l’intérêt d’une jeunesse à la recherche de légèreté et d’évasion à peu de frais. Le protoxyde d’azote, dont la consommation reste légale contrairement à sa vente sans autorisation préalable, a investi les rues de Londres au détriment de la santé publique, mais également de l’environnement, les ballons de baudruche et cartouches jonchant les trottoirs après consommation. Les vendeurs, eux, se trouvent à bien des coins de rue, gonflant des ballons parfois marqués d’un sigle propre au réseau de vente.

Dans un but dit « récréatif », la consommation de protoxyde d’azote, lorsque répétée, peut entraîner de nombreuses conséquences, parfois mortelles. Un jeu dangereux donc, les consommateurs déployant le gaz dans un ballon de baudruche avant de l’inhaler. L’absence d’oxygène peut alors engendrer bien des dégâts, notamment neurologiques puisque le produit en question inactive la vitamine B12, à la base d’une bonne innervation. « Gelures pulmonaires, nasales et laryngées, détresse respiratoire, accidents dus à un manque de vigilance, anxiété et panique, hallucinations pouvant devenir chroniques, malaises, cerveau et nerfs atteints, complications neurologiques et atteintes de la moelle épinière », liste le docteur Deheul, avant de pointer du doigt une dépendance psychique rendue possible par une consommation excessive du produit.

Outre les conséquences directes sur la santé de celui qui inhale ce gaz en dehors d’un cadre médical, le risque de provoquer un accident sous les effets du produit reste réel. En juillet 2019, cinq jeunes sont morts sur le coup après avoir percuté un café à Kortessem, en Belgique. Dans la voiture, la police a retrouvé des cartouches du fameux gaz, sans pouvoir toutefois établir de lien direct entre l’accident et la prise de gaz hilarant. Le fait-divers aura au moins relancé le débat sur le protoxyde d’azote, qui aurait occasionné 17 décès en Angleterre entre 2006 et 2012, et deux décès en France depuis 2016, cette pratique s’étant propagée outre-Manche depuis quelques années déjà. « C’est peut-être peu pour les autorités publiques, mais en tant que parent, c’est effrayant », confie Maëlle, 42 ans. La mère de famille a surpris son fils de 13 ans en pleine consommation dans une rue adjacente à la sienne. « Les personnes qui vendent ce produit aux mineurs se foutent des conséquences, et les plus jeunes consommateurs y voient simplement le côté ‘rigolo’, ils ne vont pas se freiner, ils n’ont pas peur », déplore-t-elle, inquiète.

Le protoxyde d’azote, des soirées étudiantes aux HLM

En vente libre dans les magasins ou sur Amazon par lot de 50, 100 ou plus à faible prix, les cartouches de protoxyde d’azote sont faciles d’accès. En France, ce gaz hilarant, on l’a d’abord trouvé dans les soirées, du côté des étudiants en médecine. « A mon week-end d’intégration, on m’a demandé d’en consommer », souligne Edouard, 23 ans, étudiant en médecine à Paris, « pour les organisateurs, c’était un clin d’oeil au milieu médical, je me suis pas posé plus de questions que ça sur les effets, du coup ». Les soirées s’enchaînent, les propositions aussi, et Edouard note une consommation croissante du gaz hilarant par ses camarades au fil du temps, dépassant le cadre festif. « Je pense qu’on en consommait à la fois pour l’amusement en soirée, mais aussi pour combler le stress de nos études », soupire-t-il. Un moyen de s’évader brièvement, puisque les effets du gaz ne durent que dix à quinze secondes. « C’est court, donc on réitère encore et encore », poursuit l’étudiant, « j’avais des amis qui pouvaient consommer trente, quarante, voire cinquante cartouches en une soirée ».

Raphaël a fait partie de ceux qui ont orchestré le trafic au coeur de ces soirées étudiantes. « J’ai fait ça pendant quelques années, ça m’a permis de payer mes à-côtés, d’arrondir les fins de mois », se remémore-t-il, « c’était facile et légal ». Un trafic récréatif pour ce jeune homme issu d’un milieu aisé. Comme d’autres, il le faisait « comme ça, parce qu’il y avait un filon ». Lorsque l’un de ses amis finit à l’hôpital, le jeune homme stoppe tout. « Il n’y avait rien de grave, mais j’ai eu peur sur le coup, j’ai lu tout ce qu’il y avait à lire sur les risques encourus lors de la consommation de ce gaz, et j’ai flippé », explique-t-il, encore honteux. Depuis, plusieurs campagnes de prévention ont été menées, du collège à l’université. Le problème, c’est que la consommation de protoxyde s’est largement propagée dans les milieux plus précaires, au pied des HLM, bien souvent à l’écart de ces campagnes, et donc oubliée.

« Vous croyez qu’on va aller lire ce qu’on risque en prenant ça, alors qu’on le prend justement pour oublier que la vie est pourrie pour nous ? », lance Yanis, amer. Le jeune homme de 19 ans vit en cité HLM, dans le Nord de la France, depuis sa naissance. « Mis à part tout nous interdire, je vois pas trop ce qu’on fait pour nous », poursuit-il, « je sais que c’est pourri, c’est du gaz, c’est une drogue, mais juste pendant quelques secondes j’oublie tout, c’est déjà pas mal ». S’il assure ne pas en abuser, le jeune homme avoue également ne pas connaître les possibles conséquences d’une consommation excessive, dont se vantent certains de ses amis. Véritable exutoire face à un quotidien précaire difficile, la « drogue du pauvre » s’est ainsi trouvé un nid. « Ici, t’as le droit au proto ou aux drogues coupées, on récolte que de la merde, de toute façon », soutient Yanis, « au moins on sait ce qu’il y a dans ces cartouches ».

Le Nord en lutte contre ce trafic

Le département, par sa proximité avec l’Angleterre, est particulièrement influencé par le phénomène. Pour lutter contre celui-ci, c’est à La Madeleine que le premier arrêté a été lancé, suivi par Marquette-lez-Lille, Saint-André et enfin Marcq-en-Baroeul. Dans ces villes, la vente de cartouches de protoxyde d’azote aux mineurs y a été interdite. Cet arrêté vise une liste précise de commerces tels que Carrefour, Match, Monoprix… liste dont le contenu varie selon les villes concernées. Il interdit également la consommation desdites cartouches dans un périmètre défini. Plusieurs villes en France ont fait de même, la consommation de ce gaz se propageant rapidement sur le territoire. A Nîmes, ville concernée également par le problème, un arrêté similaire a ainsi été pris en septembre, interdisant à la fois la vente aux mineurs et la consommation de protoxyde d’azote par lesdits mineurs.

« C’est loin d’être suffisant », explique Dalia, mère de famille à Marquette-lez-Lille, « nos jeunes vont tout simplement commander les cartouches en ligne et les consommer ou les revendre ailleurs. On met du sparadrap sur une plaie béante, voilà tout ». Des craintes confirmées par Noah*, 27 ans, dont la revente des cartouches vient « mettre du beurre dans les épinards ». « J’arrive à stocker les cartouches en dehors des villes où la revente aux mineurs a été interdite, et je continue mes bails », souligne-t-il, « Si on est pauvres, s’il y a une demande pour ce gaz, c’est aux politiques qu’il faut s’en prendre, pas à nous. On ne nous aide pas, alors on fait comme on peut pour s’en sortir ». Noah refuse toute responsabilité face aux conséquences d’une consommation excessive de la part de ses clients. « Moi je vends, c’est à eux de faire gaffe », lance-t-il.

A Mons-en-Baroeul, Illicoop, coopérative informelle en partenariat avec le Centre Social Imagine, a également décidé de prendre le problème à bras le corps en installant un bac de collecte de cartouches vides dans le local du centre social. N’importe qui peut venir remplir ce bac, c’est même encouragé. A 500 euros la tonne chez les ferrailleurs, l’aluminium composant les cartouches de protoxyde d’azote, une fois revendu, permettra à la fois de rémunérer les « coopérants », mais également de financer une campagne de prévention contre cette « drogue du pauvre ». De mi-juillet à fin août, la coopérative a ainsi ramassé 100kg de cartouches à travers la métropole lilloise.

Les drogues récréatives, une histoire qui se répète… et se réinvente

Lorsque l’on évoque les « drogues récréatives », ce sont bien souvent les psychostimulants, produits hallucinogènes et vasodilatateurs sexuels qui sont évoqués les premiers. Dans un sondage portant sur les risques potentiels de la prise de neuf drogues dites « récréatives », réalisé en 2017 avec plus de 115 500 participants de 50 pays, le Global Drug Survey a permis de classer ces drogues selon leur dangerosité. Premières du classement, les métamphétamines, suivies du cannabis synthétique, puis de l’alcool, devant la MDMA, les amphétamines, la cocaïne, le LSD, le cannabis et les champignons hallucinogènes.

Si le protoxyde d’azote ne figure pas dans ce classement, comme bien d’autres gaz détournés de leurs usages initiaux, son inhalation n’en est pas moins dangereuse, et fortement déconseillée. A ce jour, le trafic bat toujours son plein, les cartouches jonchant encore les sols des quartiers, bien souvent défavorisés et démunis face au phénomène.

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Analyses

Traçabilité et développement durable : la filière cuir s’engage

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A l’occasion de ses premières Assises du développement durable, la filière cuir a réaffirmé son engagement pour un plus grand respect de l’environnement. Louis Vuitton, Hermès et autres marques emblématiques ont défendu leur bilan tout en annonçant de nouvelles actions.

« Notre industrie est l’activité de recyclage la plus ancienne au monde ». Franck Boehly, président du Conseil national du cuir (CNC), est décidé à rétablir la vérité et à défendre le sens des responsabilités d’une industrie souvent critiquée, mais rarement entendue. « Nous transformons la peau, qui est un sous-produit du secteur de la viande et du lait, en un cuir de grande qualité. Car personne dans le monde n’a jamais élevé un bovin pour sa peau », a affirmé l’homme d’affaires.

Mais s’il est vrai que le cuir est d’abord un déchet de l’industrie de la viande et du lait, les professionnels de la filière n’en sont pas moins engagés dans une production responsable. « La RSE, pendant longtemps, c’était une option. Aujourd’hui c’est une obligation », explique Jean-Christophe Muller, directeur général des tanneries Haas.

Les efforts pour assurer une traçabilité efficace des animaux et des éleveurs qui les fournissent sont particulièrement importants. La filière française mise particulièrement sur un système de marquage laser conçu selon le modèle de la viande depuis la crise de la vache folle.

Mis au point par le Centre technique du cuir (CTC), cet outil permet de reproduire dans les abattoirs, sur la peau de l’animal, le code-barres inscrit sur les morceaux de carcasse. Grâce à certains logiciels, il est possible de le lire ensuite chez les tanneurs, le tout sans altérer les procédures de transformation. Pour Jean-Christophe Muller, cette technologie devrait permettre de « s’assurer que l’élevage et l’abattage ont été faits dans de bonnes conditions ».

Les ambitions fortes de Louis Vuitton et d’Hermès

Selon Cédric Vigier, responsable du département innovation du CTC, « la totalité de la filière veau devrait être équipée » de la technologie de marquage laser en 2020. Cela permettra de connaître la provenance de chaque peau et d’apporter des actions correctives sur le plan de la qualité. Le système de traçabilité des peaux devrait être au moins aussi efficace que celui« d’identification et de traçabilité des bovins en France, qui est reconnu comme l’un des plus performants », estime pour sa part David Grangeré, directeur industriel du groupe Bigard.

Alors que la question de l’origine des peaux est de plus en plus prise en compte par les clients, l’ensemble de la filière se mobilise et affiche des ambitions fortes. Ainsi, la marque Kering vise « la traçabilité jusqu’à l’élevage, ainsi que l’élimination totale des métaux lourds d’ici à cinq ans, afin d’atteindre les objectifs en 2025 de diminution de 40 % de l’impact environnemental et de 50 % des émissions de CO2 ». Chez Hermès, on revendique une volonté de « rester fidèle au cuir sans contourner les problèmes ». Une nouvelle organisation en atelier permettra au sellier de luxe de générer 11 % d’économies de matières.

Innovations et protection de l’environnement

La question du tannage au chrome a été également débattue à l’occasion de ces premières Assises du développement durable. Si Jean-Christophe Muller estime que le processus de transformation du chrome trois en chrome six « sera remis en question » dans les prochaines années, Olivier Raynaud, propriétaire de la mégisserie Raynaud Jeune, rappelle quant à lui que « le tannage végétal a le vent en poupe, mais l’éco-responsabilité du cuir vient avant tout des bonnes procédures ».

Les grandes marques ont également profité de ce forum pour montrer l’exemple en matière de protection de l’environnement. Ainsi, Louis Vuitton a présenté ses actions pour la préservation de la biodiversité et la lutte contre le dérèglement climatique. La maison de luxe, qui a créé un fonds carbone afin de gérer les émissions de gaz à effet de serre provoquées par ses activités, agit également sur le sourcing des matières.

Des engagements qui en inspirent d’autres. Dans la région du Choletais, une charte garantissant l’innocuité des produits a été signée par une dizaine d’industriels de la chaussure. De son côté, l’enseigne Bocage a mis en place un abonnement mensuel permettant à ses clients de chausser des souliers neufs tous les deux mois et de les rendre ensuite pour qu’ils soient reconditionnés et remis dans le circuit.

En matière d’innovation et de protection de l’environnement, la filière du cuir n’a pas dit son dernier mot.

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Analyses

Un élu d’Arizona jugé pour trafic d’êtres humains

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Un élu de l’Arizona promettait aux femmes enceintes des milliers de dollars pour les faire venir depuis les îles Marshall

Paul Petersen, assesseur républicain du plus peuplé des comtés de l’Arizona, a été inculpé en Utah, Arizona et en Arkansas. Parmi les chefs d’accusation ; trafic de clandestins, vente d’un enfant, fraude, falsification et blanchiment d’argent. Les femmes qu’il attirait aux États-Unis étaient entassées dans des maisons en attendant de donner naissance. Ces dernières recevaient peu ou pas de soins prénataux.

Une affaire choquante

Les accusations portent sur trois ans et concernent environ 75 adoptions. Les enquêteurs ont également découvert huit femmes enceintes originaires des Îles Marshall lors de perquisitions de ses propriétés à l’extérieur de Phoenix. Plusieurs autres attendent d’accoucher dans l’Utah. Le procureur général de l’Arizona a déclaré que les parents adoptifs passés par l’agence de Petersen n’avaient rien à craindre. Ils sont considérés comme des victimes tout comme les mères biologiques et aucune adoption complétée ne sera annulée. Les autorités ne croient pas que les femmes aient été induites en erreur en pensant que leurs enfants pourraient être renvoyés dans les îles Marshall a posteriori.

Les procureurs ont déclaré que Petersen avait utilisé ses associés pour recruter des femmes enceintes. Ils leurs offraient 10 000 dollars chacune pour donner leur bébé en adoption. Petersen payait pour que les femmes voyagent aux États-Unis quelques semaines ou mois avant d’accoucher. Elles vivaient dans une maison qu’il possédait jusqu’à l’accouchement. Les futures mères vivaient souvent entassées. Certaines étaient employées par Petersen pour des traductions, du transport, des documents juridiques et demandes de prestations de Medicaid. Le stratagème a fraudé le système Medicaid en Arizona de 800 000 dollars ; les femmes n’avaient aucune intention de rester dans l’État au moment de leur demande.

S’enrichir sur la misère humaine

Matthew Long, l’avocat de Petersen, a défendu les actions de son client lors d’une audience tenue mardi à Phoenix ; les qualifiant de « pratiques commerciales appropriées ». Pourtant d’après des documents judiciaires les femmes n’avaient que peu ou pas de soins prénataux dans l’Utah. Elles dormaient sur des matelas posés à même le sol dans ce qu’une famille adoptive choquée a décrit comme une «usine à bébé».

Le gouverneur républicain de l’Arizona, Doug Ducey, a déclaré que M. Petersen devrait démissionner de son poste. La valeur imposable de ses propriétés situées dans le comté de Maricopa, qui comprend Phoenix et sa banlieue est en train d’être évaluée. Elles auraient été achetées avec l’argent dégagée par ce trafic. Petersen a facturé aux familles entre 25 000 et 40 000 dollars par adoption. Il aurait dégagé au moins 2,7 millions de dollars avec ce trafic. La maison de Petersen à Mesa, en Arizona, vaut à elle seule plus de 600 000 dollars.

Petersen et l’Arkansas

L’enquête a commencé en Utah après un appel à une ligne téléphonique d’information sur le trafic d’êtres humains en octobre 2017. Le personnel de plusieurs hôpitaux de la région de Salt Lake City faisaient également état d’un «afflux» de femmes des Îles Marshall mettant au monde leurs enfants pour adoption. Ces dernières étaient souvent accompagnée de la même femme. Petersen a vendu la maison ce printemps à la suite de plaintes émanant de voisins de ce quartier populaire en banlieue de Salt Lake City. La nouvelle propriétaire a trouvé des déchets liés au trafic comme des couches sales dans les buissons.

Petersen a effectué une mission de deux ans dans les Îles Marshall pour l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. Selon le Phoenix Business Journal il a ensuite été recruté par une agence d’adoption internationale alors qu’il était encore à la faculté de droit. Cela en raison de sa maîtrise du marshallais. Il a déjà eu des problèmes avec ses pratiques d’adoption par le passé. En 2016, le juge d’un tribunal pour enfants de l’Arizona a rejeté la demande d’un couple qui voulait adopter un enfant né d’une femme de nationalité Marshallaise. Il craignait que l’accord mis en place par Petersen n’ait violé la loi de ce pays. Une cour d’appel avait à l’époque infirmé sa décision, estimant qu’aucune approbation des Marshallais n’était nécessaire.

 

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