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Trafic de drogue

Qui sont les minots recrutés dans les trafics de drogue à Marseille ?

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Portrait du journaliste écrivain Romain Capdepon devant la cité de la Busserine – Photo Patrick Gherdoussi / éd. JC LATTES

Dans son livre Les Minots – Une enquête à Marseille*, le journaliste police-justice Romain Capdepon raconte le quotidien de ces jeunes de cités qui ont choisi la voie du trafic de stupéfiants. Pour eux, le Réseau est autant une famille de substitution que le chemin le plus court vers la société de consommation.

« Dans les stups, il n’y a que deux issues : quatre murs ou quatre planches. On n’a jamais vu un mec s’y mettre à fond, se gaver de pognon et partir très loin en profiter, peinard… » C’est par ces mots de Guy, un vieux de la vieille de la brigade des stups, que commence le livre Les Minots – Une enquête à Marseille (éd. JC Lattès) de Romain Capdepon. Chef de la rubrique Police-Justice au journal La Provence, l’auteur dépeint dans ce récit l’histoire de ces adolescents qui se retrouvent au service de trafics de drogues marseillais, communément appelés, les Réseaux.

Romain Capdepon retrace un événement qui a marqué un avant et un après dans l’histoire du Clos la Rose – « le Clos », pour les intimes -, l’un des quartiers nord de la cité phocéenne. Le 19 novembre 2010, une Audi TT grise et une Alpha Roméo rouge, surgissent en début de soirée dans la cité, ouvrant le feu avec des fusils d’assaut de type Kalachnikov. Ce soir-là, Jean-Michel, 16 ans, perdra la vie. Lenny, 11 ans, retrouvé criblé de balles, survivra miraculeusement. Un autre jeune de 22 ans sera blessé, pris en étau par les deux voitures criminelles, quelques minutes après sur l’autoroute.

C’est un tournant dans le banditisme à Marseille. Ce jour-là, des enfants sont pris pour cibles à l’arme de guerre.

Le commandant Stéphane Gomez, qui a mené les premières constatations sur place, juste après le drame, avouera à l’auteur du livre : « J’ai tout de suite compris qu’on changeait de catégorie, ce soir-là ».

Journal télévisé de France 2 du 20 novembre 2010 :

 

Pourquoi l’auteur s’est-il focalisé sur  ce règlement de comptes en particulier ? « À cette époque, on savait que les minots dealaient, explique le journaliste de La Provence, mais on n’avait pas conscience qu’ils pouvaient être abattus. Dans le « banditisme traditionnel », la règle était qu’on ne touchait pas aux gosses. On s’en servait pour le trafic, mais le 19 novembre 2010, ils sont devenus de la chair à canon. Depuis cette soirée-là, cinq autres mineurs ont perdu la vie à Marseille, à cause du trafic de drogue. »

Cette enquête littéraire vise, sans jugement ni naïveté, à casser les a priori sur ces gamins-trafiquants. Pourquoi ont-ils choisi le Réseau ? Dans quel contexte urbain et social ? « La plupart d’entre eux n’ont ni père, ni repère. Ils vivent en huis clos, n’ont jamais connu autre chose que la cité depuis leur naissance. Pour eux, le trafic, c’est un job comme un autre. « Je jobe », comme ils disent, de la même manière qu’ils te diraient « je fais les vendanges ». Ils se cherchent un rôle, une figure d’autorité… et ils les trouvent dans le Réseau », raconte Romain Capdepon. Ces adolescents, pour la plupart fans de Scarface, sont en quête de reconnaissance, rêvent d’une vie trépidante et d’argent pour se normaliser. « Ils n’ont pas conscience que c’est une poudrière », continue le journaliste.

Postes de « chouf » ou de « guetteur »

Les minots, de 12 à 17 ans, se voient attribuer dans les Réseaux les rôles de « guetteurs » ou de « choufs ». Ce sont, en quelques sortes, les yeux des caïds. Extrait :

« À Marseille, depuis une quinzaine d’années, leurs frêles silhouettes se sont imposées dans le paysage, plantées aux entrées des cités comme des sphinx ou tournant entre les tours de béton sur un scooter fracassé, scannant les plaques d’immatriculation des voitures de police banalisées, allant jusqu’à demander, aux visiteurs, parfois contraints de faire demi-tour, l’objet de leur venue. Dans certaines cités, on les voit même perchés sur les toits des immeubles, ratissant du regard les alentours à 360 degrés, prêts à lancer un ara, sortant la cité de sa torpeur des dizaines de fois par jour. » 

Les plus dégourdis d’entre eux se verront « promus » au rôle de « charbonneur », les vendeurs. Ainsi, ils passeraient de 50 à 100 euros par jour (payés en liquide ou en morceaux de shit) en tant que guetteurs, à une fourchette de 150 à 300 euros par jour, selon l’envergure du Réseau, en tant que vendeur. Bien souvent l’argent leur permettra de combler leur dépendance au cannabis. Lors d’opération policière, les guetteurs comptent le nombre de policiers entrant dans la cité, et ceux qui en ressortent… pour savoir combien de fonctionnaires sont laissés « en planque ».

Les enquêteurs des stups observent que, ces derniers mois, les très jeunes occupent de plus en plus de postes de vendeurs. Les jeunes adultes se contentent de jouer les « choufs ». La cause ? Les policiers de terrains et les procureurs ne se préoccupent que peu des guetteurs, souvent relâchés avant même d’avoir fini leur procès-verbal. « Aucune loi n’interdit de hurler ara, vingt fois par jour ou d’être assis sur une chaise à l’entrée des cités, » explique l’auteur dans le livre. Pour les mineurs, les peines sont divisées par deux a minima par le tribunal pour enfants. Alors les chefs des trafics leur font porter de plus en plus de responsabilités, pour limiter les risques avec la justice.

Romain Capdepon a rencontré beaucoup de minots pour l’écriture de son enquête. Pour l’un d’entre eux, Yaya, dealer récidiviste, ce n’est pas tant l’idée de passer quelques mois à l’ombre qui l’effraye :

« Aux Baumettes, t’y as la télé, du coca, du shit, la Playstation et Fifa, franchement y’a besoin de rien de plus dans la vie ! Mais imaginer ma mère venir au parloir, ou pire encore, imaginer être renié par ma famille, c’était pas possible. »

Au-delà de la prison, les minots risquent surtout leur peau : une balle dans la tête en cas de trou dans la caisse. Yaya dit avoir aujourd’hui décroché.

Un marché de l’emploi parallèle

Les minots savent dans quelles cités « il fait bon dealer », où sont pratiqués les « meilleurs salaires », quels patrons sont les plus armés et donc les plus protecteurs… Aujourd’hui, il existe une centaine de Réseaux de stups à Marseille. Le business est estimé entre 10 et 15 millions d’euros de chiffre d’affaires par mois. C’est en tout cas ce que révèle une note secrète de la police judiciaire, citée dans le livre.

Le Réseau permet à ces minots de combler leur besoin d’exister, d’être considéré, de connaître « un destin sociable acceptable. »** Une manière aussi d’esquiver la lourdeur administrative de la mission locale ou Pôle Emploi. Dans le Réseau, ni leur adresse ni leur faciès ne font l’objet de discrimination. Et les lacunes en orthographe ne sont pas non plus un frein à l’embauche.

Fuir pour se faire oublier

Pour son enquête, Romain Capdepon a trouvé beaucoup de personnes, dont il a ressenti un réel besoin de parler. Deux mères lui ont par exemple expliqué :

« Avant, on avait l’impression qu’ils voulaient travailler sur notre espace de vie. Aujourd’hui, on a l’impression de vivre sur leur espace commercial. »

Elles se sentent étrangères chez elles. L’une d’elles, Céline, dont le fils a été très tôt « aspiré » par le Réseau, mettra plusieurs années à l’en sortir. Des années de pressions, de menaces, de violences… Plus la mère se bat pour que son fils ne deale plus, plus son fils se voit offrir des « promotions » par le Réseau. Une manière d’avoir toujours plus de contrôle sur lui. Céline va jusqu’à amener son fils dans les bureaux de la brigade des stups. Elle préfère voir son fils incarcéré plutôt qu’il se prenne une balle dans la tête. Mais rien n’y fait, et les lettres au Procureur n’y changent rien. Seul l’éloignement à l’étranger, pendant plusieurs mois, marquera une coupure définitive avec le Réseau, qui, au retour de la famille, « lâchera l’affaire ».

Dans de rares cas, où la Protection Judiciaire de la Jeunesse observe une accumulation de facteurs à risque (décrochage scolaire, contrôle par le Réseau, etc.), on voit se pratiquer des « exfiltrations » de ces jeunes en danger, qu’on éloigne de leur cité. Mais Romain Capdepon précise : « Ce sont des cas extrêmement rares. Il n’y a qu’une quinzaine d’exfiltrations par an. »

 

* Les Minots – Une enquête à Marseille, éd. JC Lattès, collection Les Invisibles. Janvier 2019. 17 euros.

** Expression relevée par l’auteur du livre dans le rapport « La proximité à l’épreuve de l’économie de la débrouille »  

 

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Le trafic de drogue d’un prisonnier écossais

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prisonnier écossais

Un prisonnier écossais trafiquant de drogue a continué à opérer depuis trois prisons différentes sur une période de deux ans au Royaume-Uni

Il semblerait que l’individu ait continué à gérer son réseau par mail et par téléphone. Le prisonnier écossais a réussi à éviter les autorités pendant près de deux ans. Les trois prisons au sein desquelles il a opéré sont celles d’Édimbourg, Addiewel et West Lothia. Sans une découverte fortuite lors d’une fouille, Craig Sutton aurait pu continuer son trafic pendant encore longtemps.

Une découverte soulignant un dysfonctionnement

Il semble qu’une banale alarme incendie soit à l’origine de la découverte à la prison d’Addiewel. La cellule du prisonnier écossais a été fouillée à la suite du déclenchement d’une alarme dans la cellule voisine. L’enquête est actuellement encore en cours et la décision de justice sera rendue en octobre. L’homme de 37 ans est aussi accusé d’avoir bénéficié de l’aide de sa complice Natalie Williamson, 29 ans. Cette dernière a avoué avoir autorisé le dépôt de 30 000£ issus du trafic sur son compte en banque. Williamson sera jugée en même temps que Sutton.

Le tribunal de Glasgow a été informé que le trafic aurait eu lien entre février 2015 et juillet 2017. C’est la découverte d’héroïne et d’objets lié à la consommation de drogue qui ont mis la puce à l’oreille des enquêteurs. Ces doutes ont été renforcés par la découverte d’une liste suspectée de créditeurs. Une fouille plus poussée à révélé de nombreuses lettres adressées à Sutton par d’autres prisonniers.

Le prisonnier écossais est-il le seul responsable ?

Il faut souligner que Sutton ne faisait pas beaucoup d’effort pour se cacher. En effet parmi les lettres découvertes l’une d’entre elle était de sa main et décrivait en détail la façon dont il comptait faire entrer la drogue en prison. En plus de cela les enquêteurs ont saisi les enregistrement d’appels effectué par Sutton depuis son incarcération en 2014. Les agents y ont découvert de fréquentes conversations entre Sutton et Williamson ; il y discute à de nombreuses reprises sont trafic d’héroïne et d’ecstasy dans et en dehors de la prison.

Cette profusion de preuves et d’indices ont semble-t-il surpris les juges. Les juges Lord Burns et McGuire ont par exemple demandé si ces lettres avaient été examiné au sein de la prison. Selon McGuire ; « Il y a deux possibilités – les lettres et les enregistrements téléphoniques étaient surveillés et rien n’a été fait, ou ils n’ont pas été surveillés ». Le nombre de prison concernées inquiète également les juges. Plus qu’un problème de trafic de drogue ; ceci est un problème de fonctionnement de l’administration pénitentiaire. Par ailleurs cela pose la question d’une corruption potentielle de gardiens.

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Le réveil du crime organisé chilien

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crime organisé chilien

Une étude récente souligne l’expansion du crime organisé chilien notamment en ce qui concerne le trafic de drogue et la violence

Certaines études soulignent que le sentiment d’insécurité dans la population est en hausse. Ce sentiment n’est pas entièrement infondé ; le crime organisé chilien est bien en train de prendre de l’importance. Cette croissance est soulignée par la diversification des pratiques et l’augmentation de la violence dans le pays. Cette tendance peut aussi se lire dans la hausse des saisies de drogues et la transformation des routes du trafic.

Mutations et transformations du trafic

En trois ans, la saisie de marijuana colombienne, « creepy », a augmentée de 700 %. Dans le même temps les saisies de marijuana paraguayenne ont chuté de 900 %. L’étude souligne qu’on observe une transformation des routes du trafic. Auparavant le crime organisé chilien favorisait la route Paraguay-Bolivie-Chili ; désormais ils passent par la Colombie, l’Équateur, le Pérou puis le Chili. De plus on assiste à une augmentation de l’utilisation des ports du pays et donc des voies maritimes.

Cette transformation s’accompagne également d’une mutation inquiétante ; en 2019 les autorités chiliennes ont découverts 15 laboratoires de production de drogues dans la région de Santiago et Antofagasta. Ces laboratoires se concentraient sur la production de drogues de synthèses. En effet la demande a explosé dans le pays entre 2017 et 2019 ; le marché a augmenté de 680 %. Sans surprise la violence inhérente au trafic n’a pas manqué de suivre. Le marché du trafic d’arme du pays est en pleine expansion. Néanmoins les chiffres restent bas ; on comptait 6 homicides lié au trafic en 2010 et 30 en 2019.

Le crime organisé chilien : un danger national ?

Il est donc indéniable que le problème du trafic de drogue s’aggrave dans le pays. Cependant la perception du danger réel par le public est peut-être troublée ; 79 % des interrogés estiment que le crime organisé chilien et le trafic de drogue sont « un danger majeur ou une menace importante pour la sécurité nationale ». Il semble que cette obsession soit plutôt le résultat d’une communication gouvernementale mettant l’accent sur le problème. Certains experts soulignent par ailleurs qu’une approche entièrement répressive sera un échec ; le Chili n’est pas seulement un pays de transit mais aussi de consommation. La question de la drogue est donc aussi un problème de santé publique à traiter comme tel.

Ajoutons à cela que la crise du coronavirus a poussé le crime organisé chilien et international à se tourner vers des substances plus addictives et moins chères. Cependant au chili ceci prends la forme d’une consommation d’un type de marijuana colombienne et le renforcement du trafic de cigarettes. Le trafic de cocaïne est par exemple en baisse depuis l’année dernière. On est donc loin de l’épidémie des opiacés au États-Unis. Cependant le problème du crime organisé chilien est réel et pourrait provoquer des poussées de violences. Notons tout de même que la perception du problème semble nettement disproportionnée et utilisée à des fins politiciennes.

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L’héroïne dans des maracas

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l'héroïne dans des maracas

Des trafiquants de drogue du dark web importaient de la drogue dans des souvenirs touristiques et notamment de l’héroïne dans des maracas

Ces trafiquants de drogue du dark web ont finalement été appréhendés. On les accuse d’avoir trafiqué de la drogue pour une valeur de 270 millions de dollars en Bitcoins. Les accusés importaient les opiacés depuis l’île de Porto Rico et notamment de l’héroïne dans des maracas. Un vendeur américain aurait obtenu l’aide d’un pharmacien costaricain. Les deux hommes sont aujourd’hui poursuivis pour ce trafic de drogue.

Des Bitcoins contre de l’héroïne dans des maracas

Les deux criminels ont été mis en accusation par un jury fédéral de Columbia mardi dernier. La nouvelle provient d’un rapport du Département de la Justice des États-Unis. Ce rapport mettait l’accent sur les efforts des forces de l’ordre contre le trafic de drogue sur le dark web. Ce type de trafics et l’utilisation de monnaies virtuelles comme le Bitcoin est d’habitude un vrai problème pour retrouver les auteurs. Il semble que les agents cherchent à illustrer leurs nouvelles capacités à travers cette affaire.

Il faut reconnaître que les sommes en jeu et le type de trafic n’est pas commun. Les opiacés étaient dissimulés dans des souvenirs touristiques ; le cas le plus cocasse était l’héroïne dans des maracas. Un des auteurs est David Pate, 44 ans. Il se serait chargé de vendre les comprimés d’opiacés fournis par Jose Hou, 38 ans. La publicité pour leur « produit » était présente sur de nombreux sites de vente en ligne du dark web. Ils étaient notamment sur le célèbre site Silk Road et Alphabay entre 2013 et 2018. Ces sites sont aujourd’hui hors ligne.

Pseudonymat plutôt qu’anonymat

Les clients auraient, au total, virés 23 903 Bitcoins en paiement à Pate ; l’équivalent aujourd’hui de 270 millions de dollars. Les drogues concernés étaient principalement de l’Oxycotin et des pilules de morphine. Les cas d’héroïne dans des Maracas, quoi que surprenants, n’étaient pas les plus fréquents. Désormais Pate et Hou sont poursuivis pour 7 chefs d’accusation différents ; notamment pour trafic de drogue et blanchiment d’argent. Selon le procureur Michael Sherwin ; « Ces chefs d’accusation sont un avertissement pour les trafiquants du monde entier que ni le dark web ni les monnaies virtuelles ne peuvent les faire échapper à la vigilance des forces de l’ordre des États-Unis ».

Les autorités ont récemment intensifié leurs efforts de lutte sur le dark web. Ce milieu d’apparence opaque ne semble pas autant les gêner qu’auparavant. Rappelons en effet qu’il n’est pas si aisé de rester anonyme sur internet ; plutôt qu’un anonymat les monnaies virtuelles fournissent plutôt un pseudonymat. Le cas le plus célèbre est celui de Ross Ulbricht, le propriétaire et gestionnaire de Silk Road ; ce dernier a été condamné car la police a pu retracer son identité à un portefeuille de Bitcoins. Par ailleurs des entreprises spécialisés dans la Blockchain sont venus en aide aux policiers ; c’est notamment le cas de Chainalysis. La police semble s’être finalement adaptée aux évolutions technologiques du trafic de drogues.

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