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Trafic d'êtres humains

Crime organisé : le trafic de migrants en Libye

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Kidnapping, demandes de rançon, torture, viols, ventes d’esclaves, détention dans des conditions indignes… Depuis des années, les exactions découlant du trafic de migrants en Afrique sont de notoriété publique. Ces réseaux criminels reposent sur un système structuré et organisé.

Dans son article « Éclairage sur une criminalité plurielle : les migrants de la Corne de l’Afrique », la chercheuse Sonia le Gouriellec, maîtresse de conférences en Sciences politiques à l’Université Catholique de Lille et spécialiste de la Corne de l’Afrique, réunit les principales connaissances actuelles sur le sujet.

Ce article a été publié dans l’ouvrage collectif Africa Connection – La criminalité organisée en Afrique, paru le 23 mai 2019 aux éditions La Manufacture de Livres. Dans ce livre, plusieurs chercheurs explorent des thématiques contemporaines de la criminalité organisée en Afrique, sous la direction de Laurent Guillaume, ancien policier et aujourd’hui consultant pour divers organismes internationaux.

Nous nous intéressons ici à tout ce qui concerne l’organisation du trafic de migrants en Libye, son fonctionnement et les différents acteurs de ces réseaux criminels. Nous laisserons ainsi de côté, malgré son grand intérêt pour la compréhension du sujet, la partie du travail de Sonia Le Gouriellec qui concerne les causes (géopolitiques, socio-économiques, environnementales) des différents mouvements migratoires observés dans la Corne de l’Afrique. Rappelons toutefois que la Somalie, l’Érythrée et le Soudan comptent plus d’un demi-million d’individus en exil pour l’année 2017, des données globalement en hausse, qui ont amené les trafiquants à se professionnaliser de plus en plus. Leurs réseaux s’apparentent aujourd’hui à des organisations transnationales hiérarchisées et très structurées.

La « diplomatie des frontières »

La Libye a accueilli depuis de nombreuses années, sous le régime du colonel Kadhafi, des travailleurs immigrés. En 2011, avant la chute du régime, on comptait près de deux millions de ces migrants dans le pays. Leur présence était d’ailleurs un moyen de pression pour négocier avec les États européens, ce que la journaliste Nancy Porsia a appelé « la diplomatie des frontières », une manière pour le dirigeant libyen d’obtenir la reconnaissance internationale et le soutien pour vaincre ses ennemis.

En 2008, l’Italie et la Libye signent un traité d’amitié pour lutter contre la migration illégale : un an plus tard, Mouammar Kadhafi se lance dans la lutte contre les réseaux de trafiquants et de passeurs. L’opération est une réussite : les départs diminuent de près de 90% en deux ans.

Puis vient la Révolution de 2011 :

« Les passeurs sont alors relâchés et poussés par le régime à entasser les migrants dans des bateaux et à les envoyer en Europe par vengeance contre le soutien des pays européens aux révolutions sur le terrain », rapporte Sonia Le Gouriellec dans son étude.

Cette année-là, 59 000 personnes traverseront la Méditerranée, depuis la Tunisie et la Libye, pour arriver en Italie. 1800 migrants mourront en mer.

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Exemple de l’impact des accords diplomatiques sur les mouvements migratoires.

L’évolution des routes de l’exil

La route qui mène les migrants vers l’Italie est appelée « Route du Nord » ou « Route de la Méditerranée ». Pour arriver en Libye, il y a trois passages principaux : une route qui passe par le Darfour, à l’est du Soudan ; une deuxième qui traverse Dongola dans le nord du pays, et la dernière route qui relie le Tchad à la Libye. Le nombre de migrants empruntant cette route n’a cessé d’augmenter jusqu’en 2017.

Depuis, on observe un déclin qui s’explique par plusieurs raisons : l’augmentation du nombre d’interceptions, de détention et d’expulsions de réfugiés et de migrants par les forces soudanaises ; l’action renforcée de lutte contre la migration irrégulière en Égypte ; un possible ralentissement de l’émigration érythréenne ; une augmentation du nombre de personnes s’installant le long des routes migratoires ou dans les principales villes transit, plutôt que d’aller en Europe.

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Route du Nord ou route de la Méditerranée centrale. Source : Study on Migration Routes in the East and Horn of Africa

Les routes de la Libye et de l’Égypte sont particulièrement dangereuses pour les migrants en raison de la contrebande, de la traite et des enlèvements. L’est du Soudan est également devenu un lieu d’enlèvement et de torture, avec demande de rançon, ventes de personnes et d’organes.

De son côté, le nombre de migrants empruntant la Route du Sinaï, qui relie la Corne de l’Afrique à Israël, s’est considérablement réduit depuis 2012. Un phénomène qui s’explique par des politiques migratoires restrictives de l’Égypte et d’Israël, avec notamment la construction d’une clôture le long de la frontière entre le Sinaï et Israël ; un renforcement des contrôles aux frontières et la création d’un centre de détention.

Le trafic de migrants organisé comme une « agence de voyages »

Sonia Le Gouriellec explique pour Illicit Trade les différents types de méthodes que les migrants peuvent utiliser pour effectuer leur traversée :

« Il y a tout d’abord les « voyages organisés », une pratique qui concerne principalement les migrants de la Corne de l’Afrique. Dans ce type de voyage, tout est payé à l’avance, le prix comprend toute l’organisation, même si ensuite les migrants passeront « de main en main ».» 

Ici, les personnes passent assez rapidement par la Libye, où elles ne s’arrêtent pas longtemps. Dans les villes libyennes, elles séjournent dans des habitations privées, à la périphérie des villes. Le voyage dure en moyenne deux à trois semaines. La somme d’argent, réglée pour l’ensemble du voyage en une seule fois, est parfois payée via des transferts d’argent internationaux effectués par des proches ou par des membres de leur communauté installés en Europe ou en Amérique.

Même si les migrants vont rencontrer des intermédiaires (qui les logent ou les transportent), ils sont considérés comme étant sous la protection de leur passeur, responsable, en théorie, de leur sécurité jusqu’au point d’arrivée final. Malgré cela, un grand nombre d’entre eux subissent en chemin des tentatives d’extorsion et sont revendus à d’autres passeurs lorsqu’ils séjournent dans les « maisons de transit ».

« L’autre moyen pour migrer est le voyage « step by step », continue la chercheuse. Là, c’est souvent la famille qui paye la première étape, puis le migrant paye sur place, à chaque nouvelle étape, parfois en travaillant sur la route pour pouvoir continuer. Ici, le réseau est moins organisé et hiérarchisé. »

Chaque passeur (chauffeur, transporteur, facilitateur, intermédiaire) est donc payé individuellement. Ce type de voyage peut durer plusieurs mois et est entrepris, plus généralement, par des migrants d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale.

Sonia Le Gouriellec nous indique aussi que, selon les passeurs, « les migrants d’Afrique de l’Est seraient plus riches car soutenus par une forte diaspora d’Amérique du Nord et d’Europe du Nord qui soutiendrait ses voyages. Certaines pratiques leur ont donné raison : quand des migrants érythréens sont pris en otage, les familles ont parfois été prêtes à payer des rançons de plusieurs milliers d’euros. »

L’enrichissement des réseaux criminels

Le trafic de migrants s’organise comme une agence de voyages, où chaque service est attribué à une ou plusieurs personnes, rémunérées pour sa tâche : le transport, le logement, la sécurité, les conseils pour savoir comment se comporter dans tel ou tel pays, etc. Ici, le migrant, au cœur du trafic, est considéré comme un client par la filière. Pour arriver en Europe, il doit dépenser de 5000 à 9500 euros.

Beaucoup d’intermédiaires de ce trafic sont des migrants eux-mêmes qui attendent leur tour pour pouvoir atteindre l’Europe. Le coût du transit est toujours plus élevé, les voyages de plus en plus dangereux à cause de la détérioration de la situation sécuritaire, de l’augmentation du nombre de checkpoints tenus par des milices armés réclamant une taxe, de la pénurie d’essence…

Les réseaux criminels impliqués dans le transit des migrants génèrent des revenus considérables grâce à leurs diverses activités : coordination du transport et « stockage » de migrants, paiement des transporteurs, corruption des agents de l’État, recours à des milices armées qui acheminent les convois de migrants, locations de vastes entrepôts, de bateaux pour traverser la mer…

Les têtes de réseaux des trafics de migrants en Libye

On peut citer par exemple l’Érythréen Ermias Ghermay, l’un des plus importants acteurs originaires d’Afrique subsaharienne impliqués dans le trafic illicite de migrants en Libye. Selon le Conseil de sécurité des Nations unies, il est à la tête d’un réseau transnational responsable de la traite d’êtres humains et du trafic de dizaines de milliers de migrants, principalement depuis la Corne de l’Afrique jusqu’aux côtes libyennes puis jusqu’à leur destination en Europe et aux États-Unis.

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L’un des plus importants trafiquants de migrants : Ermias Ghermay

Toujours selon les informations du Conseil de sécurité de l’ONU, Ghermay travaille en étroite collaboration avec des réseaux de trafiquants libyens comme celui d’Abu-Qarin, dont il serait « la chaîne orientale d’approvisionnement ». Son réseau s’étend du Soudan aux côtes de la Libye et jusqu’en Europe (Italie, France, Allemagne, Pays-Bas, Suède, Royaume-Uni) et aux États-Unis.

Entouré d’hommes armés, il dispose d’entrepôts, de camps de détention où sont commises de graves exactions et violations des droits de l’homme contre des migrants. Ces derniers sont ensuite emmenés à Sabratha ou Zaouïa. Les voyages qu’il organise, notamment par la mer, ont mis en danger de mort de nombreuses personnes. Les autorités italiennes de Palerme ont émis, en 2015, un mandat d’arrêt contre lui pour trafic de milliers de migrants dans des conditions inhumaines, y compris pour le naufrage survenu à Lampedusa le 13 octobre 2013, dans lequel 366 personnes ont péri.

Le 7 juin 2018, pour la première fois, le Conseil de sécurité de l’ONU sanctionne six chefs de réseaux de trafiquants de migrants en Libye : Ermias Ghermay, mais aussi Fitiwi Abdelrazak (également érythréen), et quatre Libyens, Ahmad Oumar Al-Dabbashi, Musab Abu-Qarin, Mohammed Kachlaf et Abd Al Rahman Al-Milad, le chef d’une unité de gardes-côtes. Les sanctions sont principalement dissuasives : gel de comptes bancaires, interdiction de voyager.

En novembre 2017, des journalistes de CNN publient des images montrant la vente aux enchères de migrants en Libye, ainsi que les conditions de vie dans les centres de détentions. Ce documentaire provoque à l’époque l’indignation internationale :

Sonia Le Gouriellec explique que trois opérations de police (Glauco 1, Glauco 2 et Glauco 3) ont été menées par les autorités italiennes pour éradiquer les cellules d’Ermias Ghermay. 71 mandats d’arrêt ont été délivrés dans ces opérations et le réseau en a été affaibli.

Selon l’acte d’accusation, épluché par Le Matin Dimanche, l’unité antimafia de Palerme aurait intercepté une conversation téléphonique où l’on entendrait parler le passeur éthiopien Asghedom G., partenaire en affaires d’Ermias Ghermay. Asghedom G. explique dans cette conversation que Ghermay empocherait environ 80 000 dollars par convoi de réfugiés sur des bateaux transportés de la Libye jusqu’à la Sicile. Il dit que Ghermay a assez d’argent pour « vivre très, très bien pendant vingt ans », chez lui à Addis-Abeba.

Le procès d’Elmi Mouhamud Muhidin condamné pour traite d’êtres humains et viols

Le passeur somalien Elmi Mouhamud Muhidin, 35 ans, enlèvent, avec ses hommes, les migrants et les séquestrent dans le Sahara. Torturés, les prisonniers ne peuvent retrouver leur liberté qu’une fois la rançon payée par leur famille, rackettée par téléphone.

La police italienne a arrêté Elmi M. et un procès a eu lieu. Les récits d’anciens prisonniers décrivent qu’Elmi M. confisquait les portables des migrants pour contacter leur famille. Des migrants ont été forcés de regarder d’autres prisonniers se faire torturer sous leurs yeux avec à coups de matraque et d’électrocution. Certaines femmes, quant à elles, ont raconté aussi pendant le procès les viols systématiques par leur ravisseur. Certaines d’entre elles ont rapporté qu’elles étaient parfois offertes « en cadeau » aux visiteurs de passage.

Elmi M. a été condamné à trente ans de prison, entre autres, pour traite d’êtres humains et viol. Son procès a permis de montrer ses relations avec d’autres passeurs libyens à qui il vendait des « paquets » de migrants. Le dossier d’enquête du parquet de Palerme précise que « Le groupe dirigé par Elmi M. organisait des transports de migrants qui avaient payé la rançon. Les migrants empruntaient plusieurs véhicules sur la route de Tripoli où ils étaient remis au complice Ermias Ghermay,» comme l’a rapporté Le Matin Dimanche dans son enquête.

Parmi les six chefs de réseaux de trafiquants de migrants actifs en Libye, sanctionné par le Conseil de sécurité de l’ONU, on retrouve aussi l’Érythréen Fitiwi Abdelrazak. En 2005, il ouvre un restaurant à Tripoli, lieu très populaire des trafiquants libyens. Comme l’explique Sonia Le Gouriellec, dans le livre Africa Connection, grâce à ses contacts, il a ensuite bâti une organisation criminelle transnationale structurée.

Il possède des résidences en Libye et à Dubaï et il a tissé des liens avec des membres des forces de sécurité qui contrôlent les centres de détention en Libye. Il s’est non seulement enrichi par l’argent versé par les migrants voulant traverser la Libye pour rejoindre la côte, mais aussi grâce aux libérations de migrants capturés et placés dans les centres de détention, ainsi qu’en assurant leur traversée en Italie. Ses activités financières sont gérées depuis Dubaï.

Police et diplomatie : une complicité nécessaire

Nombreux sont les passeurs qui disent entretenir de très bonnes relatons avec la police libyenne et soudoyer des fonctionnaires libyens si besoin. Selon la chercheuse néerlandaise Mirjam Van Reisen, auteure de l’ouvrage collectif qu’elle a coordonné Human Trafficking and Trauma in the Digital Era: The Ongoing Tragedy of the Trade in Refugees from Eritrea, des diplomates érythréens et des cadres du People’s Front for Democracy and Justice (PFDJ), le parti unique en Érythrée, seraient partie prenante dans les réseaux de passeurs à destination de l’Europe, notamment en Libye. Les diplomates, ceux en poste au Soudan notamment, fourniraient des documents de voyage et des services administratifs aux Érythréens contre de l’argent.

De plus, certains militaires érythréens et officiers de police sont aussi complices de ce trafic le long de la frontière soudano-érythréenne. Le versement de rançon, de migrants kidnappés en Libye, par exemple, s’effectuerait par l’intermédiaire de collaborateurs désignés par le PFDJ.

Dans une lettre adressée en 2011 au Conseil de sécurité, le Groupe de contrôle pour la Somalie et l’Érythrée décrivait Mabrouk Mubarak Salim, ministre soudanais des Transports, comme étant l’un des principaux passeurs du côté soudanais de la frontière. Lui et Hamid Abdallah, un autre homme d’affaires basé à Khartoum, seraient les deux principaux leaders du trafic d’êtres humains au Soudan.

Et la chercheuse Sonia Le Gouriellec de conclure dans l’ouvrage Africa Connection : « On observe en Érythrée, au Soudan, en Libye ou en Égypte ce que Moisés Naim qualifie d’ascendance des « États-mafias » où gouvernements et groupes criminels opèrent de concert. Ces États mafieux présentent un sérieux défi et la politique d’externalisation adoptée par l’Union européenne offre de nouvelles ressources à ces acteurs, plus qu’elle ne permet d’atteindre son objectif de lutte contre ce crime organisé.»

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Morts en Angleterre, enterrés au Vietnam

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L’enterrement deux personnes mortes dans un camion avec 39 de leurs compatriotes le mois dernier a eu lieu dans le village de Dien Thinh

Une famille a donc du enterrer deux de ces fils, victime de ce trafic d’êtres humains et de la politique frontalière européenne. Les cercueils des deux cousins Nguyen Van Hung et Hoang Van Tiep ont été porté jusqu’à l’église Trung Song. Leur enterrement a été suivi par près de 300 personnes.

La nécessité d’émigrer

Le prêtre Pham Tri Phuong a déclaré ; « Nguyen Van Hung et Hoang Van Tiep ont quitté leur village natal avec l’espoir d’un meilleur avenir pour eux et leur famille. » Les 31 hommes et huit femmes, tous vietnamiens auraient payé des trafiquants pour les faire passer en Angleterre. Leurs corps ont été découverts à l’est de Londres le 23 octobre. Les causes de la mort n’ont pas été révélés officiellement mais pointent vers une asphyxie.

L’enquête est toujours en cours et plusieurs personnes ont été arrêtés en Angleterre et au Vietnam. Les corps de 16 victimes, dont ceux de Hung et Tiep ont été retournés à leur famille. En tout 4 funérailles ont eu lieu ce jeudi. Dans le petit village rural de Dien Thinh, les circonstances de la mort viennent renforcer la tristesse des habitants. Comme de nombreux villages ruraux, Dien Thinh n’a pas profité du boom économique de villes comme Ho Chi Minh City et Hanoï. De nombreuses personnes dans ce village catholique survivent grâce à de petites exploitations de cacahuètes et de sésame. La seule chance d’offrir une meilleure vie à sa famille est de partir à l’étranger.

Les frontières tuent

La famille de Tiep, 18 ans, a tenu une cérémonie pour la famille et les voisins. Une photo prise et publiée par Tiep sur facebook siégeait sur le cercueil entouré de fleurs. La famille de Hung, 33 ans, a tenu une cérémonie similaire. Ce dernier donnait des cours de musique dans plusieurs villes du Vietnam mais le coût de la vie était trop important. Son père se souvient qu’il était déterminé à s’en sortir à tout prix.

Hung a réussi a arriver en France en 2017. Il a alors travaillé comme serveur dans plusieurs restaurants. Cependant il voulait mieux gagner sa vie ; il a donc tenté de rejoindre l’Angleterre. Les deux cousins ont été enterrés côte à côte dans le cimetière local. Pour beaucoup cette tragédie semble n’être qu’un coup du sort, un accident. Pourtant la mort de ces jeune gens et de ces jeunes femmes est le produit direct des politiques frontalières de l’Europe et du Royaume-Uni. Les mêmes responsables laissent mourir les migrants en méditerranée. Il toujours plus facile de seulement pointer du doigt des passeurs sans vergogne plutôt que des responsables encravatés.

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En Ohio, déconstruire les idées reçues pour lutter contre la traite

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Les clichés véhiculés sur les filles et femmes victimes de trafic sexuel nuisent à leur bon accompagnement judiciaire

Les avocats d’un groupe de travail de Youngstown, dans le l’Ohio se sont penchés sur le sujet. Ils réclament un changement de paradigme dans le système de justice pénale et dans la perception qu’a le public de ces victimes.

Lutter contre les idées reçues

Les mythes sur la traite des êtres humains doivent être dissipés. Ceci pourrait aider à fournir les ressources nécessaires à la réhabilitation des personnes concernées. Les services de police pourraient aussi se concentrer sur la perturbation des réseaux de traite. Enfin les jeunes pris au piège des réseaux de trafic pourraient trouver de l’aide et une nouvelle vie. Patty Amendolea est assistante judiciaire auprès des services de protection de l’enfance du comté de Mahoning. Selon elle, l’un des plus grands mythes sur le trafic d’êtres humains dans la région est que c’est un problème lié à la position de Mahoning Valley dans le système routier américain. En réalité, la plupart des victimes de trafic d’êtres humains proviennent de la région dans laquelle elles sont victimes de la traite.

Selon Mahoning ; «La plupart de ces filles sont nées dans le comté de Mahoning, elles sont victimes de la traite dans le comté de Mahoning. Les trafiquants  et les clients sont également originaires du comté de Mahoning». Il en va de même pour les filles victimes de la traite dans le comté de Trumbull, a déclaré Mike Altiere, un enquêteur de la ville de Warren. Afin de dissiper ces fausses conceptions, un séminaire sur la traite des êtres humains a eu lieu mardi dans le bâtiment des services pour enfants. Bill Cranston, l’adjoint du shérif du comté de Mahoning y participait.

Changer la perception des instances judiciaires

L’un des changements le plus difficile concerne la manière dont les victimes sont perçues par la justice. Bien souvent, les victimes de la traite des êtres humains ne se rendent même pas compte qu’elles sont des victimes. Elles sont généralement contraintes à la prostitution à un âge précoce. Ces dernières ont subi des années de sévices sexuels et sont obligées à continuer parce qu’elles ont été manipulées d’une manière ou d’une autre.  « Elles en viennent à penser que c’est normal », a déclaré Bill Cranston.

Mike Altiere a déclaré que contraindre ou solliciter la prostitution devrait être un crime, pas un délit. Pour Bill Cranston, la région a également besoin de la police, des juges et des procureurs. Ceux-ci doivent établir si les personnes qui se présentent devant eux sont des victimes de la traite. Si ces personnes sont prises en charge par de la thérapie des traumatismes et d’autres efforts de rééducation, notamment le traitement de la toxicomanie, les programmes de placement et l’aide au logement, ils ont une chance de sortir de la rue et du cycle d’abus.

Aider les personnes vulnérables

Certains des plus vulnérables à la traite à des fins sexuelles sont les enfants placés en foyer d’accueil, a déclaré Patty Amendolea. Les enfants dans ce système sont les plus susceptibles d’avoir subi un traumatisme émotionnel et physique. S’ils vivent dans un foyer de groupe, ils ne sont pas enfermés, ils peuvent sortir. Selon Amendolea ; «Ils s’enfuient et sont vulnérables à ceux qui cherchent à les exploiter. Ensuite, ils échangent des relations sexuelles pour satisfaire leurs besoins essentiels ; ils doivent dormir quelque part, ce qui en fait une relation sexuelle de survie. S’ils ont besoin d’un endroit où dormir ou de quoi manger, mais n’ont rien d’autre à donner ; c’est tout ce qu’ils ont à échanger. Ils rencontrent finalement un proxénète et entrent dans le monde de la prostitution contrôlée.»

Une femme rescapée d’un réseau de trafiquants locaux devait voir 20 à 30 hommes par jour dans un hôtel du comté de Trumbull. Après avoir été arrêtée par la police, elle a été placée dans un foyer pour victimes de la traite. Elle y a obtenu l’équivalent d’un certificat pour un programme de formation professionnelle, puis a trouvé son propre appartement. La région a besoin de plus de foyers et de programmes communautaires pour soigner les femmes. Il y a aussi grand besoin d’une réponse plus rapide du système judiciaire afin que le délai entre les audiences n’entraîne pas une rechute dans la vie qu’ils tentent de quitter. Il peut être difficile d’obtenir des condamnations contre des trafiquants d’êtres humains ; les victimes sont souvent réticentes à témoigner contre des proxénètes qui pourraient les tuer.

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New Jersey : Nouvelle campagne contre le trafic d’êtres humains

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Le trafic d’êtres humains est une industrie de plusieurs milliards de dollars, alimentée par la demande prostitutionnelle et une main-d’œuvre bon marché

Malgré les efforts des forces de l’ordre pour identifier les victimes et engager des poursuites contre les trafiquants, le trafic d’êtres humains continue de croître et de prospérer. Les victimes préfèrent souvent se cacher et disparaître.

Le New Jersey durement touché par le trafic

Judi Worgess et les membres de la Coalition contre le trafic d’êtres humains ont demandé l’aide du sénateur Troy Singleton. Ils souhaitaient aider les victimes de ces crimes odieux à obtenir de l’aide. Cela a commencé par une conversation il y a un an sur la promotion d’une ligne téléphonique d’urgence pour les victimes de la traite. Aujourd’hui une nouvelle initiative de sensibilisation est lancée avec des affiches. Les panneaux seront bien en évidence près des éviers des toilettes et comprennent les messages suivants en anglais et espagnol ; «Tu cherches une issue ? Est-ce que toi ou quelqu’un que tu connais est contrôlé, surveillé ou menacé par quelqu’un ? Es tu forcé à des rapports sexuels ? Ou à travailler pour un salaire minime ou nul ? Tu as des droits. Même si tu n’es pas citoyen américain. » Les panneaux incluent également les numéros d’état des lignes directes contre la traite humaine.

Singleton a souligné que le New Jersey est un corridor très fréquenté entre les grandes métropoles métropolitaines telles que New York, Boston, Washington et Philadelphie. De plus de nombreuses victimes de la traite risquent de voir les panneaux sur les tournants et les promenades. Selon Singleton ; « Nous pensons que nous commençons le premier pas pour essayer de faire le travail nécessaire afin que cette version de l’esclavage des temps modernes – et je ne dis pas cela à la légère – soit éradiquée de la face de la terre. Les victimes et les personnes se sentant piégées peuvent au moins identifier un numéro à appeler.»

Un problème mondial

Kathleen Friess est la coordinatrice de ce programme pour l’État, selon elle ; «150 milliards de dollars sont générés dans le monde par cette entreprise criminelle. Il y a quelques années encore, c’était 32 milliards de dollars». Le New Jersey est donc loin d’être à l’abri. En 2018, 224 cas ont été signalés dans le New Jersey, contre 167 en 2017 et 73 en 2012. Singleton a déclaré que l’initiative de hotline était un bon exemple de coopération de «citoyens» avec le gouvernement.

Il a ajouté qu’une législation avait également été introduite pour lutter contre ce crime odieux. Par exemple un projet de loi vise à former les personnes souhaitant un permis de conduire commercial sur le sujet. Selon Singleton ; «Des motels voient des gens qui entrent et qui partent et décident qu’ils préfèrent gagner de l’argent que d’essayer d’intervenir et de sauver la vie de quelqu’un. Lorsque notre législation sera promulguée, il n’y aura plus de quartier pour les personnes qui ferment les yeux sur la souffrance humaine au nom du profit ».

 

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