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Analyses

Mieux comprendre la criminalité russophone opérant en France

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© FUEL/Arkady Bronnikov

L’École de Guerre Économique (EGE) a publié en mai dernier une étude réalisée dans le cadre d’un de ces cours, sous la direction de Benjamin Pelletier, sur les enjeux culturels des groupes criminels russophones. Un travail de recherche permettant de mieux comprendre les facteurs culturels liés aux groupes mafieux et réseaux criminels géorgiens et lituaniens opérant en France.

Comme point de départ de cette étude, un rapport du Service d’Information, de renseignement et d’analyse stratégique sur la criminalité (Sirasco). En France, la Direction Centrale de la Police Judiciaire a mis en place ce service de renseignement criminel, en 2009, pour rassembler les données permettant l’analyse du crime organisé. Le Sirasco a rendu public, exceptionnellement, en 2014, son rapport de synthèse sur la criminalité organisée.

Un groupe d’étudiants de l’EGE (composé de Jean-Michel Barbier, Laurence Bault, Vincent Cassard et Clément Chevignon) s’est servi de ce rapport comme base de départ, et a réalisé des entretiens d’experts sur les pays concernés et ces réseaux. Ainsi, ils livrent une fine analyse de la criminalité russophone et plus particulièrement géorgienne et lituanienne. L’idée étant de répondre à cette question : quelles connaissances culturelles devraient posséder les forces de l’ordre françaises afin de mieux comprendre la criminalité organisée russophone originaire de Géorgie et Lituanie ? De ce rapport, nous en avons retiré ce qui peut permettre une meilleure compréhension de l’organisation des trafics, en France, initiés par ces réseaux.

Voleurs légitimes

La criminalité russophone n’est pas constituée de groupes homogènes mais comprend différentes nationalités : biélorusses, ukrainienne, géorgienne, arménienne… Formant une constellation de mafias. La fraternité criminelle russe trouve son identité dans un rejet de la société, imposant un code strict ne permettant ni de fonder une famille, ni de travailler pour une autorité ou un patron, ni de posséder une adresse à soi (une tradition aujourd’hui de moins en moins respectée, dans les faits).

Au sommet de la pyramide : les « vory v zakone » ou « voleurs légitimes », représentant l’homme du peuple libre et fidèle au code (d’honneur). À partir de 1922, la répression s’accentue et trouve son apogée sous le régime stalinien en 1953 : les autorités de l’époque, un régime de terreur, procèdent à des arrestations en masse. Le nombre de prisonniers était alors estimé à 18 millions. « La moitié du peuple russe était dans les goulags et l’autre moitié attendait de s’y rendre ». pouvait-on entendre à l’époque.

Le « code » évolue avec la toufta : stratégie de survie et de fraude dans les camps. Cette période permet aussi un renforcement du culte du voleur. Selon Federico Varese, un chercheur italien à l’Université d’Oxford, spécialiste du crime organisé et de la mafia russe plus particulièrement, les camps « fournissent un réseau de contacts pour les criminels et une opportunité de partage d’expériences ainsi qu’une opportunité d’élaborer des stratégies de développement. »

Entreprises de violence

Sous l’ère de Leonid Brejnev, qui dirigea l’URSS de 1964 jusqu’à sa mort en 1982, le KGB utilise le milieu criminel pour pénétrer le monde occidental, notamment aux États-Unis. La société soviétique développe alors un système mafieux basé sur le racket, la corruption et le marché noir.

La Perestroïska – les réformes économiques et sociales menées par le président de l’URSS Mikhaïl Gorbatchev entre avril 1985 et décembre 1991 – et l’effondrement du parti et des services de l’État amènent à une transition économique brutale qui va accentuer la criminalisation de la société et permettre aux groupes criminels de se développer davantage, profitant de l’ouverture d’un marché privé peu régulé. Ces nouvelles initiatives sont surnommées « des entreprises de violences » et la période évolue vers la recherche du profit, et donc un assouplissement du code originel. La chute du communisme entraîne les anciennes républiques soviétiques dans une forme d’anarchie, l’État ne jouant plus son rôle.

À partir des années 90, les groupes criminels russophones s’internationalisent. La lutte contre le crime organisé en Géorgie, par exemple, à partir de 2005, va favoriser un exode de criminels vers l’Europe de l’Ouest.

Suite à l’élection de Vladimir Poutine, le pouvoir de l’État se renforce. Pour faire appliquer les lois et la sécurité, Poutine s’appuie sur un réseau de cadres issus des services de renseignement, plus spécifiquement du KGB. Ces cadres au cœur de réseaux informels d’influence se retrouvent alors en position favorable pour aider l’exercice officiel du pouvoir.  Le Président concentre alors les pouvoirs politiques, consolide sa mainmise sur les secteurs économiques et les médias, tout en permettant aux réseaux mafieux de continuer à exister, à la condition qu’ils ne portent pas préjudice à l’État.

Implantation des mafias russophones en France et en Europe

Les régimes répressifs des pays issus de l’éclatement de l’Union soviétique ont entraîné, ces quarante dernières années, une forte migration vers l’Ouest et notamment en France. Selon le Sirasco, l’Hexagone serait en passe d’atteindre le niveau 2 sur l’échelle graduée de 1 à 3 qui mesure le degré d’implantation des mafias russophones, celui de la « pénétration dans le tissu économique et social et de la diversification des activités criminelles. »

Parmi les groupes héritiers du vieux code appliqué dans les Goulags de Staline, les russophones géorgiens, les Kanonieri Qurdebi, sont incontestablement de ceux les plus actifs en France.

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Figure 3 Flux migratoire des groupes criminels Georgiens et Lituaniens vers la France – JM. Barbier 2019.

Fédérées sous une « coupole » – cet organe de direction qui caractérise la mafia italienne, modèle du genre -, les organisations criminelles baltes sont également actives en Europe, et parmi elles, le gang des « Marcheurs » ou celui des « Kaunas lituaniens. »

Comme le précise l’enquête de Jérôme Pierrat pour le Point, publiée en 2011, les Lituaniens se sont distingués depuis 2003 dans le trafic de fausse monnaie, écoulée via le système des « Marcheurs », comme ils ont été surnommés par la police :

« Les équipes, très mobiles, circulent dans des voitures spécialement aménagées pour cacher les 150 billets qui leur ont été remis au départ et dorment dans des hôtels bon marché. Une fois dans la ville ciblée, ils écument une dizaine de commerces par jour. Et pour limiter les risques, chaque « marcheur » – ils font leur « tournée » à pied – ne détient qu’une seule coupure par magasin visité. Les marcheurs gardent la marchandise achetée ainsi que 10 % de chaque billet écoulé. Le reste de l’argent est rapporté au pays en voiture par un convoyeur. »

L’enquête du Point précisait à l’époque aussi que les mafieux lituaniens excellent dans la production de faux passeports pour leurs voisins russes et biélorusses. Les Lettons, eux, font aussi dans les faux timbres, faux chèques de voyage, fausses attestations de maîtrise de langues étrangères..

Plus récente, l’étude de l’École de Guerre Économique revient sur l’opération VOR, réalisée à Lyon en décembre 2018, ayant permis l’arrestation de 22 personnes appartenant aux Kanonieri Qurdebi. Parmi eux, des Géorgiens et un butin constitué de bijoux, de voitures de luxe et de 14 kg d’or.

En Bretagne, deux gangs ont été interpellés pour vol et trafic de moteurs hors-bord, fin 2016. Au total, 300 moteurs sur la région et potentiellement 1000 autres sur toute la côte ouest ont été volés par deux groupes liés à la mafia lituanienne.

L’étude précise que « bien qu’ils aient réussi à cultiver le mythe du voleur, se jouant des forces de l’ordre françaises, l’émergence de cols blancs dans la hiérarchie et l’expérience d’un mode de vie occidental commencent à égratigner un code de conduite séculaire. »

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Figure 4 – Répartition des groupes criminels d’Europe de l’Est sur le territoire national – Le Monde n° 21433.

La France, une place de choix

Plusieurs circonstances ont fait de la France une destination de choix pour ces réseaux très structurés : sa situation de carrefour au cœur de l’Europe, la qualité de ses infrastructures, son intégration à l’espace Schengen. Les activités criminelles qui sont perpétrées vont des vols, aux cambriolages, en passant par l’évasion fiscale, les meurtres, le blanchiment, la prostitution ou encore le trafic d’antiquités.

Ces groupes agissent sous couvert d’activités légales et de structures officielles comme des sociétés de transports, de logistique ou à travers des investissements immobiliers.

Ils limitent les contacts avec la population locale et restent à l’écart des réseaux criminels endémiques. Ils n’opèrent que rarement dans des activités criminelles de rue, les réseaux constitués en France étant principalement des facilitateurs et organisateurs du trafic, agissant comme hommes d’affaires et perpétrant une criminalité en col blanc.

>> Lire l’intégralité de l’étude de l’EGE 

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Analyses

Drogues récréatives : le protoxyde d’azote ne fait plus rire

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Le protoxyde d’azote ou « gaz hilarant » est sorti des cuisines et milieux médicaux pour venir investir les soirées étudiantes et milieux défavorisés en tant que « drogue récréative ». Panorama du phénomène.

Jeudi 8 octobre à Lesquin, dans le Nord de la France, le sujet est une nouvelle fois mis sur la table lors d’une réunion, rendue publique cette fois : la consommation de protoxyde d’azote inquiète à la fois les professionnels de santé et les familles. « Diffusé dans un masque avec de l’oxygène, cela permet de détendre un patient », explique le docteur Sylvie Deheul, du centre d’addictovigilecnce du CHRU de Lille, « c’est un médicament qui fait l’objet d’une surveillance au sujet de ses effets ». Le problème, c’est que la consommation de ce gaz, également utilisé dans les siphons, pour la chantilly par exemple, dépasse aujourd’hui le cadre médical. Hors de ce cadre, n’étant pas soumis à la régulation des médicaments, il peut ainsi être obtenu sans ordonnance ni contrôle, point de départ du trafic.

Aux origines du trafic, le Royaume-Uni

Lorsque l’on remonte le fil du trafic, c’est au Royaume-Uni que l’on atterrit. D’une consommation en festival à la rue, il n’y a eu qu’un pas, franchi aisément. Ce que l’on appelle là-bas « Hippy crack » a rapidement suscité l’intérêt d’une jeunesse à la recherche de légèreté et d’évasion à peu de frais. Le protoxyde d’azote, dont la consommation reste légale contrairement à sa vente sans autorisation préalable, a investi les rues de Londres au détriment de la santé publique, mais également de l’environnement, les ballons de baudruche et cartouches jonchant les trottoirs après consommation. Les vendeurs, eux, se trouvent à bien des coins de rue, gonflant des ballons parfois marqués d’un sigle propre au réseau de vente.

Dans un but dit « récréatif », la consommation de protoxyde d’azote, lorsque répétée, peut entraîner de nombreuses conséquences, parfois mortelles. Un jeu dangereux donc, les consommateurs déployant le gaz dans un ballon de baudruche avant de l’inhaler. L’absence d’oxygène peut alors engendrer bien des dégâts, notamment neurologiques puisque le produit en question inactive la vitamine B12, à la base d’une bonne innervation. « Gelures pulmonaires, nasales et laryngées, détresse respiratoire, accidents dus à un manque de vigilance, anxiété et panique, hallucinations pouvant devenir chroniques, malaises, cerveau et nerfs atteints, complications neurologiques et atteintes de la moelle épinière », liste le docteur Deheul, avant de pointer du doigt une dépendance psychique rendue possible par une consommation excessive du produit.

Outre les conséquences directes sur la santé de celui qui inhale ce gaz en dehors d’un cadre médical, le risque de provoquer un accident sous les effets du produit reste réel. En juillet 2019, cinq jeunes sont morts sur le coup après avoir percuté un café à Kortessem, en Belgique. Dans la voiture, la police a retrouvé des cartouches du fameux gaz, sans pouvoir toutefois établir de lien direct entre l’accident et la prise de gaz hilarant. Le fait-divers aura au moins relancé le débat sur le protoxyde d’azote, qui aurait occasionné 17 décès en Angleterre entre 2006 et 2012, et deux décès en France depuis 2016, cette pratique s’étant propagée outre-Manche depuis quelques années déjà. « C’est peut-être peu pour les autorités publiques, mais en tant que parent, c’est effrayant », confie Maëlle, 42 ans. La mère de famille a surpris son fils de 13 ans en pleine consommation dans une rue adjacente à la sienne. « Les personnes qui vendent ce produit aux mineurs se foutent des conséquences, et les plus jeunes consommateurs y voient simplement le côté ‘rigolo’, ils ne vont pas se freiner, ils n’ont pas peur », déplore-t-elle, inquiète.

Le protoxyde d’azote, des soirées étudiantes aux HLM

En vente libre dans les magasins ou sur Amazon par lot de 50, 100 ou plus à faible prix, les cartouches de protoxyde d’azote sont faciles d’accès. En France, ce gaz hilarant, on l’a d’abord trouvé dans les soirées, du côté des étudiants en médecine. « A mon week-end d’intégration, on m’a demandé d’en consommer », souligne Edouard, 23 ans, étudiant en médecine à Paris, « pour les organisateurs, c’était un clin d’oeil au milieu médical, je me suis pas posé plus de questions que ça sur les effets, du coup ». Les soirées s’enchaînent, les propositions aussi, et Edouard note une consommation croissante du gaz hilarant par ses camarades au fil du temps, dépassant le cadre festif. « Je pense qu’on en consommait à la fois pour l’amusement en soirée, mais aussi pour combler le stress de nos études », soupire-t-il. Un moyen de s’évader brièvement, puisque les effets du gaz ne durent que dix à quinze secondes. « C’est court, donc on réitère encore et encore », poursuit l’étudiant, « j’avais des amis qui pouvaient consommer trente, quarante, voire cinquante cartouches en une soirée ».

Raphaël a fait partie de ceux qui ont orchestré le trafic au coeur de ces soirées étudiantes. « J’ai fait ça pendant quelques années, ça m’a permis de payer mes à-côtés, d’arrondir les fins de mois », se remémore-t-il, « c’était facile et légal ». Un trafic récréatif pour ce jeune homme issu d’un milieu aisé. Comme d’autres, il le faisait « comme ça, parce qu’il y avait un filon ». Lorsque l’un de ses amis finit à l’hôpital, le jeune homme stoppe tout. « Il n’y avait rien de grave, mais j’ai eu peur sur le coup, j’ai lu tout ce qu’il y avait à lire sur les risques encourus lors de la consommation de ce gaz, et j’ai flippé », explique-t-il, encore honteux. Depuis, plusieurs campagnes de prévention ont été menées, du collège à l’université. Le problème, c’est que la consommation de protoxyde s’est largement propagée dans les milieux plus précaires, au pied des HLM, bien souvent à l’écart de ces campagnes, et donc oubliée.

« Vous croyez qu’on va aller lire ce qu’on risque en prenant ça, alors qu’on le prend justement pour oublier que la vie est pourrie pour nous ? », lance Yanis, amer. Le jeune homme de 19 ans vit en cité HLM, dans le Nord de la France, depuis sa naissance. « Mis à part tout nous interdire, je vois pas trop ce qu’on fait pour nous », poursuit-il, « je sais que c’est pourri, c’est du gaz, c’est une drogue, mais juste pendant quelques secondes j’oublie tout, c’est déjà pas mal ». S’il assure ne pas en abuser, le jeune homme avoue également ne pas connaître les possibles conséquences d’une consommation excessive, dont se vantent certains de ses amis. Véritable exutoire face à un quotidien précaire difficile, la « drogue du pauvre » s’est ainsi trouvé un nid. « Ici, t’as le droit au proto ou aux drogues coupées, on récolte que de la merde, de toute façon », soutient Yanis, « au moins on sait ce qu’il y a dans ces cartouches ».

Le Nord en lutte contre ce trafic

Le département, par sa proximité avec l’Angleterre, est particulièrement influencé par le phénomène. Pour lutter contre celui-ci, c’est à La Madeleine que le premier arrêté a été lancé, suivi par Marquette-lez-Lille, Saint-André et enfin Marcq-en-Baroeul. Dans ces villes, la vente de cartouches de protoxyde d’azote aux mineurs y a été interdite. Cet arrêté vise une liste précise de commerces tels que Carrefour, Match, Monoprix… liste dont le contenu varie selon les villes concernées. Il interdit également la consommation desdites cartouches dans un périmètre défini. Plusieurs villes en France ont fait de même, la consommation de ce gaz se propageant rapidement sur le territoire. A Nîmes, ville concernée également par le problème, un arrêté similaire a ainsi été pris en septembre, interdisant à la fois la vente aux mineurs et la consommation de protoxyde d’azote par lesdits mineurs.

« C’est loin d’être suffisant », explique Dalia, mère de famille à Marquette-lez-Lille, « nos jeunes vont tout simplement commander les cartouches en ligne et les consommer ou les revendre ailleurs. On met du sparadrap sur une plaie béante, voilà tout ». Des craintes confirmées par Noah*, 27 ans, dont la revente des cartouches vient « mettre du beurre dans les épinards ». « J’arrive à stocker les cartouches en dehors des villes où la revente aux mineurs a été interdite, et je continue mes bails », souligne-t-il, « Si on est pauvres, s’il y a une demande pour ce gaz, c’est aux politiques qu’il faut s’en prendre, pas à nous. On ne nous aide pas, alors on fait comme on peut pour s’en sortir ». Noah refuse toute responsabilité face aux conséquences d’une consommation excessive de la part de ses clients. « Moi je vends, c’est à eux de faire gaffe », lance-t-il.

A Mons-en-Baroeul, Illicoop, coopérative informelle en partenariat avec le Centre Social Imagine, a également décidé de prendre le problème à bras le corps en installant un bac de collecte de cartouches vides dans le local du centre social. N’importe qui peut venir remplir ce bac, c’est même encouragé. A 500 euros la tonne chez les ferrailleurs, l’aluminium composant les cartouches de protoxyde d’azote, une fois revendu, permettra à la fois de rémunérer les « coopérants », mais également de financer une campagne de prévention contre cette « drogue du pauvre ». De mi-juillet à fin août, la coopérative a ainsi ramassé 100kg de cartouches à travers la métropole lilloise.

Les drogues récréatives, une histoire qui se répète… et se réinvente

Lorsque l’on évoque les « drogues récréatives », ce sont bien souvent les psychostimulants, produits hallucinogènes et vasodilatateurs sexuels qui sont évoqués les premiers. Dans un sondage portant sur les risques potentiels de la prise de neuf drogues dites « récréatives », réalisé en 2017 avec plus de 115 500 participants de 50 pays, le Global Drug Survey a permis de classer ces drogues selon leur dangerosité. Premières du classement, les métamphétamines, suivies du cannabis synthétique, puis de l’alcool, devant la MDMA, les amphétamines, la cocaïne, le LSD, le cannabis et les champignons hallucinogènes.

Si le protoxyde d’azote ne figure pas dans ce classement, comme bien d’autres gaz détournés de leurs usages initiaux, son inhalation n’en est pas moins dangereuse, et fortement déconseillée. A ce jour, le trafic bat toujours son plein, les cartouches jonchant encore les sols des quartiers, bien souvent défavorisés et démunis face au phénomène.

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Analyses

Traçabilité et développement durable : la filière cuir s’engage

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A l’occasion de ses premières Assises du développement durable, la filière cuir a réaffirmé son engagement pour un plus grand respect de l’environnement. Louis Vuitton, Hermès et autres marques emblématiques ont défendu leur bilan tout en annonçant de nouvelles actions.

« Notre industrie est l’activité de recyclage la plus ancienne au monde ». Franck Boehly, président du Conseil national du cuir (CNC), est décidé à rétablir la vérité et à défendre le sens des responsabilités d’une industrie souvent critiquée, mais rarement entendue. « Nous transformons la peau, qui est un sous-produit du secteur de la viande et du lait, en un cuir de grande qualité. Car personne dans le monde n’a jamais élevé un bovin pour sa peau », a affirmé l’homme d’affaires.

Mais s’il est vrai que le cuir est d’abord un déchet de l’industrie de la viande et du lait, les professionnels de la filière n’en sont pas moins engagés dans une production responsable. « La RSE, pendant longtemps, c’était une option. Aujourd’hui c’est une obligation », explique Jean-Christophe Muller, directeur général des tanneries Haas.

Les efforts pour assurer une traçabilité efficace des animaux et des éleveurs qui les fournissent sont particulièrement importants. La filière française mise particulièrement sur un système de marquage laser conçu selon le modèle de la viande depuis la crise de la vache folle.

Mis au point par le Centre technique du cuir (CTC), cet outil permet de reproduire dans les abattoirs, sur la peau de l’animal, le code-barres inscrit sur les morceaux de carcasse. Grâce à certains logiciels, il est possible de le lire ensuite chez les tanneurs, le tout sans altérer les procédures de transformation. Pour Jean-Christophe Muller, cette technologie devrait permettre de « s’assurer que l’élevage et l’abattage ont été faits dans de bonnes conditions ».

Les ambitions fortes de Louis Vuitton et d’Hermès

Selon Cédric Vigier, responsable du département innovation du CTC, « la totalité de la filière veau devrait être équipée » de la technologie de marquage laser en 2020. Cela permettra de connaître la provenance de chaque peau et d’apporter des actions correctives sur le plan de la qualité. Le système de traçabilité des peaux devrait être au moins aussi efficace que celui« d’identification et de traçabilité des bovins en France, qui est reconnu comme l’un des plus performants », estime pour sa part David Grangeré, directeur industriel du groupe Bigard.

Alors que la question de l’origine des peaux est de plus en plus prise en compte par les clients, l’ensemble de la filière se mobilise et affiche des ambitions fortes. Ainsi, la marque Kering vise « la traçabilité jusqu’à l’élevage, ainsi que l’élimination totale des métaux lourds d’ici à cinq ans, afin d’atteindre les objectifs en 2025 de diminution de 40 % de l’impact environnemental et de 50 % des émissions de CO2 ». Chez Hermès, on revendique une volonté de « rester fidèle au cuir sans contourner les problèmes ». Une nouvelle organisation en atelier permettra au sellier de luxe de générer 11 % d’économies de matières.

Innovations et protection de l’environnement

La question du tannage au chrome a été également débattue à l’occasion de ces premières Assises du développement durable. Si Jean-Christophe Muller estime que le processus de transformation du chrome trois en chrome six « sera remis en question » dans les prochaines années, Olivier Raynaud, propriétaire de la mégisserie Raynaud Jeune, rappelle quant à lui que « le tannage végétal a le vent en poupe, mais l’éco-responsabilité du cuir vient avant tout des bonnes procédures ».

Les grandes marques ont également profité de ce forum pour montrer l’exemple en matière de protection de l’environnement. Ainsi, Louis Vuitton a présenté ses actions pour la préservation de la biodiversité et la lutte contre le dérèglement climatique. La maison de luxe, qui a créé un fonds carbone afin de gérer les émissions de gaz à effet de serre provoquées par ses activités, agit également sur le sourcing des matières.

Des engagements qui en inspirent d’autres. Dans la région du Choletais, une charte garantissant l’innocuité des produits a été signée par une dizaine d’industriels de la chaussure. De son côté, l’enseigne Bocage a mis en place un abonnement mensuel permettant à ses clients de chausser des souliers neufs tous les deux mois et de les rendre ensuite pour qu’ils soient reconditionnés et remis dans le circuit.

En matière d’innovation et de protection de l’environnement, la filière du cuir n’a pas dit son dernier mot.

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Analyses

Un élu d’Arizona jugé pour trafic d’êtres humains

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Un élu de l’Arizona promettait aux femmes enceintes des milliers de dollars pour les faire venir depuis les îles Marshall

Paul Petersen, assesseur républicain du plus peuplé des comtés de l’Arizona, a été inculpé en Utah, Arizona et en Arkansas. Parmi les chefs d’accusation ; trafic de clandestins, vente d’un enfant, fraude, falsification et blanchiment d’argent. Les femmes qu’il attirait aux États-Unis étaient entassées dans des maisons en attendant de donner naissance. Ces dernières recevaient peu ou pas de soins prénataux.

Une affaire choquante

Les accusations portent sur trois ans et concernent environ 75 adoptions. Les enquêteurs ont également découvert huit femmes enceintes originaires des Îles Marshall lors de perquisitions de ses propriétés à l’extérieur de Phoenix. Plusieurs autres attendent d’accoucher dans l’Utah. Le procureur général de l’Arizona a déclaré que les parents adoptifs passés par l’agence de Petersen n’avaient rien à craindre. Ils sont considérés comme des victimes tout comme les mères biologiques et aucune adoption complétée ne sera annulée. Les autorités ne croient pas que les femmes aient été induites en erreur en pensant que leurs enfants pourraient être renvoyés dans les îles Marshall a posteriori.

Les procureurs ont déclaré que Petersen avait utilisé ses associés pour recruter des femmes enceintes. Ils leurs offraient 10 000 dollars chacune pour donner leur bébé en adoption. Petersen payait pour que les femmes voyagent aux États-Unis quelques semaines ou mois avant d’accoucher. Elles vivaient dans une maison qu’il possédait jusqu’à l’accouchement. Les futures mères vivaient souvent entassées. Certaines étaient employées par Petersen pour des traductions, du transport, des documents juridiques et demandes de prestations de Medicaid. Le stratagème a fraudé le système Medicaid en Arizona de 800 000 dollars ; les femmes n’avaient aucune intention de rester dans l’État au moment de leur demande.

S’enrichir sur la misère humaine

Matthew Long, l’avocat de Petersen, a défendu les actions de son client lors d’une audience tenue mardi à Phoenix ; les qualifiant de « pratiques commerciales appropriées ». Pourtant d’après des documents judiciaires les femmes n’avaient que peu ou pas de soins prénataux dans l’Utah. Elles dormaient sur des matelas posés à même le sol dans ce qu’une famille adoptive choquée a décrit comme une «usine à bébé».

Le gouverneur républicain de l’Arizona, Doug Ducey, a déclaré que M. Petersen devrait démissionner de son poste. La valeur imposable de ses propriétés situées dans le comté de Maricopa, qui comprend Phoenix et sa banlieue est en train d’être évaluée. Elles auraient été achetées avec l’argent dégagée par ce trafic. Petersen a facturé aux familles entre 25 000 et 40 000 dollars par adoption. Il aurait dégagé au moins 2,7 millions de dollars avec ce trafic. La maison de Petersen à Mesa, en Arizona, vaut à elle seule plus de 600 000 dollars.

Petersen et l’Arkansas

L’enquête a commencé en Utah après un appel à une ligne téléphonique d’information sur le trafic d’êtres humains en octobre 2017. Le personnel de plusieurs hôpitaux de la région de Salt Lake City faisaient également état d’un «afflux» de femmes des Îles Marshall mettant au monde leurs enfants pour adoption. Ces dernières étaient souvent accompagnée de la même femme. Petersen a vendu la maison ce printemps à la suite de plaintes émanant de voisins de ce quartier populaire en banlieue de Salt Lake City. La nouvelle propriétaire a trouvé des déchets liés au trafic comme des couches sales dans les buissons.

Petersen a effectué une mission de deux ans dans les Îles Marshall pour l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. Selon le Phoenix Business Journal il a ensuite été recruté par une agence d’adoption internationale alors qu’il était encore à la faculté de droit. Cela en raison de sa maîtrise du marshallais. Il a déjà eu des problèmes avec ses pratiques d’adoption par le passé. En 2016, le juge d’un tribunal pour enfants de l’Arizona a rejeté la demande d’un couple qui voulait adopter un enfant né d’une femme de nationalité Marshallaise. Il craignait que l’accord mis en place par Petersen n’ait violé la loi de ce pays. Une cour d’appel avait à l’époque infirmé sa décision, estimant qu’aucune approbation des Marshallais n’était nécessaire.

 

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